Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/663

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primitivement à l’état de fluidité ignée. Qu’est devenue toute cette chaleur rayonnée par la fournaise solaire ? Elle est allée se perdre dans les espaces infinis.

La provision de force mécanique que garde le système solaire, si faible qu’elle soit relativement à ce qui a été gaspillé, équivaut encore à une formidable quantité de chaleur. Si la terre était subitement arrêtée dans sa course par un choc, il en sortirait une chaleur qui ferait fondre le globe tout entier et même le vaporiserait en partie. La terre, étant arrêtée, tomberait sur le soleil, et ce nouveau choc produirait une chaleur 400 fois plus forte. Nous avons d’ailleurs tous les jours un exemple de l’énorme échauffement qui résulte de la destruction d’une Vitesse planétaire : ce sont les étoiles filantes, poussières cosmiques rendues incandescentes par le choc de l’air[1]. Ces jolis feux d’artifice aériens sont le dernier reflet des incendies allumés autrefois par le choc des masses qui se heurtaient pour former des mondes.

La chaleur emprisonnée dans l’intérieur de la terre ne perce plus l’épaisse croûte qui la recouvre : toute la vie organique a sa source dans la radiation qui nous vient du soleil ; mais cette radiation durera-t-elle toujours ? Depuis les temps historiques, les climats terrestres ne paraissent pas avoir changé d’une manière sensible, et d’un autre côté il suffirait d’une lente contraction du globe solaire pour en entretenir la chaleur pendant bien des siècles ; une diminution du diamètre égale à un dix-millième de sa valeur compenserait le rayonnement de 2,300 ans. Pourtant, si lente, si imperceptible que soit la perte de force éprouvée par l’astre central, il n’en est pas moins vrai que tout a une fin, et que sa force s’épuisera. Seulement ce jour est encore éloigné, selon toute probabilité, de quelques millions d’années. Bien avant ces changemens cosmiques, des révolutions géologiques pourraient bouleverser la surface du globe et ensevelir la race humaine. « Ainsi, dit M. Helmholtz, le même fil que les rêveurs du mouvement perpétuel ont commencé à filer dans l’obscurité nous a conduits à un principe universel qui illumine jusqu’au fond l’abîme où se cachaient le commencement et le dénoûment de l’histoire de l’univers. Il montre à notre race une longue durée, mais non l’éternité : il nous avertit d’un jour fatal, le jour du jugement, mais heureusement il garde le secret de cette date. »

R. Radau.
  1. Le 27 novembre 1872, c’était une partie de la comète de Biéla qui se précipitait dans notre atmosphère en se résolvant en ploie d’étoiles filantes.