Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/685

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menait aux premiers temps de la fièvre de l’huile, le rendement fabuleux de certains puits, les étonnantes fortunes faites et défaites en un jour, les folies de la spéculation dépassant toute limite, le jeu effréné, les disputes sanglantes, les incendies incessans que l’inflammation du pétrole rendait encore plus terribles, Oil-City brûlée en une nuit de fond en comble avec tout son stock d’huile, une autre fois une débâcle de glace sur la rivière Alleghany entraînant tous les barils amarrés au quai, tout cela est encore présent à la mémoire de chacun.

Ce district commença surtout d’être connu en 1859, le jour où, près de l’endroit où est aujourd’hui Titusville, le colonel Drake eut l’heureuse idée d’appliquer la sonde à la recherche de l’huile minérale. Elle s’épanchait auparavant en divers points de la surface, et on la recevait sur des couvertures de laine, d’où on l’extrayait assez péniblement. On l’appelait l’huile des Senecas, du nom de la tribu indienne qui habita longtemps cette contrée, et on la croyait bonne seulement à un grossier éclairage ; on l’employait aussi à lubrifier les machines et à la guérison des rhumatismes et de quelques autres maladies ; encore n’était-ce qu’un remède de bonne femme, appris des sauvages. Jadis les pionniers français du Canada, les colons anglais de l’Atlantique étaient passés successivement près de ces sources sans s’y arrêter autrement qu’en curieux, et en avaient abandonné la maigre exploitation à la confédération iroquoise, dont les Senecas formaient une branche. Qui aurait osé prédire alors qu’il y avait là une richesse cachée d’où sortiraient les millions par centaines ? C’est ce qui eut lieu cependant dès que l’emploi hardi de la sonde et bientôt des torpilles souterraines à la recherche de l’huile révéla sous le sol de véritables lacs du liquide bitumineux. Alors la Pétrolie devint comme une Californie nouvelle vers laquelle accoururent tous les pionniers en quête de dollars et tous les chercheurs d’aventures.

Les gîtes de pétrole sont tous accumulés dans la Pensylvanie occidentale, dans les trois comtés de Venango, de Clarion et de Butler. La Pensylvanie, qui produit presque tout le charbon et le fer des États-Unis, a véritablement le monopole de l’huile de pierre, et l’on ne saurait opposer à ses gîtes de pétrole ceux qu’on a jusqu’à présent essayé d’exploiter dans l’Ohio, la Virginie occidentale et l’état de New-York, sur des directions parallèles, sinon au voisinage des précédens. Récemment toutefois on annonçait le forage d’un puits à Warren (Ohio), d’où le pétrole serait sorti en abondance. Les gîtes de l’Illinois, du Missouri et même ceux du Canada, assez productifs, mais dont l’huile est de qualité inférieure, ne sauraient non plus être comparés aux gîtes pensylvaniens, encore moins ceux du Kentucky, du Tennessee, de l’Indiana, à peine explorés. Toute