Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/702

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directement aux évêques espagnols pour leur représenter que la consécration de la tolérance religieuse en Espagne rendrait impossible l’entente si désirée entre le saint-siège et la royauté libérale, pour leur rappeler qu’ils doivent veiller à la pureté de la foi, s’opposer à la circulation des idées dangereuses et des mauvais livres, et que, si le projet de constitution était adopté, ils ne pourraient plus invoquer le secours du bras séculier pour l’accomplissement de leur ministère. De ce côté-ci des Pyrénées, l’église demande la liberté ; sur l’autre versant, elle réclame, avec une impérieuse insistance, le rétablissement de l’inquisition. Elle ne se contredit point. L’église n’est vraiment libre que le jour où elle est devenue la maîtresse, le jour où, redressant la tête, elle dit à Orgon : La maison m’appartient, c’est à vous d’en sortir.

Les embarras qu’on suscite à un gouvernement qui commençait à s’asseoir sont de nature à relever les espérances de cet homme de foi, de caractère, de principes fermes et arrêtés, orné de toutes les vertus théologales et cardinales, qui règne sur la Navarre et s’y sent à l’étroit. L’intransigeance dogmatique a trouvé son missionnaire et son héros, c’est don Carlos. Le 12 septembre, de son quartier royal il écrivait à ses amis de France que, champion de la foi catholique et du droit monarchique, seul en armes aujourd’hui pour la défense des principes essentiels de toute société chrétienne, il était le tenant de toutes les revendications légitimes, que cette grande mission, qu’il a reçue de la main de Dieu, il la remplira jusqu’au bout, sans hésitation, sans compromis, sans défaillance. Par la même occasion, il engageait ses amis de France à lui rendre visite pour le voir à l’œuvre, pour juger par leurs propres yeux des résultats certains et infaillibles de la croisade qu’il a entreprise contre la royauté révolutionnaire. Nous ne savons si ses amis répondront à son invitation. — « Seigneur, disait don Quichotte au jeune poète Lorenzo, que j’aurais de plaisir à vous emmener avec moi pour vous enseigner les vertus inhérentes à la profession que j’exerce, et vous montrer de quelle manière on épargne les humbles et on abat les superbes ! Si votre grâce veut arriver sûrement au temple de mémoire, il lui faut quitter le sentier déjà fort étroit de la poésie pour prendre le sentier plus étroit encore de la chevalerie errante ; cela suffit pour devenir empereur en un tour de main. » Don Carlos déclare qu’après avoir vaincu dans mille rencontres ses ennemis, il ne lui reste plus qu’à les détruire, qu’une rapide campagne le conduira prochainement à Madrid, qu’un Bourbon ne manque jamais à sa parole, qu’il a promis de tuer la révolution, qu’il la tuera. Qu’est-ce que la révolution ? C’est M. Naquet, mais c’est aussi Alphonse XII et M. Canovas del Castillo. Ne serait-il pas séant de bannir du dictionnaire des hommes politiques ce mot équivoque qui dit tout et ne dit rien ? On annonce que, lorsque le gouvernement espagnol aura organisé la nouvelle levée qu’il vient de décréter, le roi Alphonse ira prendre le commandement des troupes