Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/709

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tous ces « conservateurs égarés dans des camps divers, » légitimistes ou bonapartistes, qui ne veulent pas de lui, et dédaignant l’alliance naturelle de ceux qui n’ont certes marchandé à la république, aux lois constitutionnelles, aucune garantie conservatrice. La conséquence est toute simple, il en résulte une apparence d’immobilité et de négation qui présente peut-être le gouvernement sous un faux jour.

Ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’au moment même où M. le vice-président du conseil témoigne ainsi de ses préoccupations ou de ses ombrages, — auprès de lui, dans le même comice, M. le préfet des Vosges parle du libéralisme de la constitution du 25 février, du progrès inséparable de la sécurité, d’une « politique ferme et conciliante qui attire chaque jour de nouvelles et précieuses adhésions au gouvernement républicain. » Quelques jours après, dans la réunion de Stors, M. le ministre des finances à son tour parle avec la plus franche liberté d’esprit. Pour lui, il y a eu vraiment quelque chose de changé le 25 février de la présente année. « Ce jour-là, l’ancienne majorité s’est heureusement et définitivement dissoute, et une nouvelle majorité s’est formée… » Aux yeux de M. Léon Say, s’il n’y a de gouvernement possible que celui qui donne satisfaction aux intérêts conservateurs, il n’y a aussi de « gouvernement durable que celui qui rallie autour de lui le parti libéral, c’est-à-dire les hommes modérés qui ont toujours condamné les excès, mais qui n’ont pas été dégoûtés de la liberté,… qui ont foi dans le gouvernement du pays par le pays, qui représentent en un mot l’idée moderne… » La meilleure preuve que M. le ministre des finances puisse donner de la confiance qu’éprouve le pays, c’est le développement du travail et de la prospérité sous la république nouvelle, c’est le progrès constant qui se manifeste par un accroissement imprévu de 70 millions dans le produit des impôts indirects. Fort bien ; M. Léon Say parle avec netteté, avec résolution et avec esprit, il donne surtout de bonnes nouvelles de nos finances, si prodigieusement surchargées et si promptes à se relever. Le discours de Stors est certainement de ceux qui sont faits pour rassurer le pays ; mais enfin où est la pensée réelle du gouvernement au milieu de ces manifestations diverses ? Est-elle partout à la fois ? Est-ce une illusion de polémique de chercher des divergences sérieuses là où il n’y en a pas, là où il n’y a que des nuances d’opinions et de tendances se complétant mutuellement ? Soit ; nous ne demandons pas mieux que de le penser et de croire que ces contradictions sont plus apparentes que réelles, qu’au fond le ministère tout entier poursuit l’application d’une même pensée, qui est de rallier autour du régime nouveau toutes les forces libérales et conservatrices, de former, selon le mot de M. Léon Say, « un grand parti constitutionnel » composé de « tous ceux qui ont compris que la république était seule possible. » Le fait est que si, parmi les opinions modérées, dans le ministère comme dans le pays, il pouvait y avoir des manières différentes d’entendre les