Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/713

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sus ou en dehors des partis. D’un autre côté, les institutions nouvelles sur lesquelles on a tant discuté, on commence à n’en plus parler que pour les reconnaître, pour en accepter les conséquences ; on tend à s’accorder entre conservateurs et libéraux pour les considérer comme une solution suffisamment raisonnable d’une crise d’incertitude énervante, et s’il n’y a pas dès aujourd’hui une alliance des principales fractions du centre droit et du centre gauche, on peut dire que les premiers pas sont faits. Nous n’en voudrions d’autre preuve que les fureurs de certains légitimistes contre la « trahison » du centre droit, contre l’adhésion des monarchistes constitutionnels à la république.

On a beau faire, la conciliation est dans les discours ; c’est le ton de la saison. M. de Falloux lui-même disait récemment à l’adresse de ses amis dans son comice de Segré : « Fortifier une politique d’apaisement qui a été jusqu’ici plus entravée par ses amis naturels que par ses adversaires, voilà le but qui, selon moi, s’impose à nos efforts. » Il n’est pas jusqu’à M. l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Donnet, qui, ayant à parler dans un comice de la Gironde, n’ait cru devoir exprimer les sentimens les plus modérés et les plus confians en disant : « Le pays a donné le beau et rare spectacle de l’autorité se constituant par le cours naturel des choses et des esprits… Il y a soixante-quinze ans, nous fûmes sauvés par un homme, c’est par nous-mêmes que nous le sommes aujourd’hui… » Ces sentimens de confiance, le général Lebrun, le général Ducrot, les exprimaient tout récemment à leur manière, avec un accent particulier de fidélité militaire, dans des ordres du jour par lesquels ils congédiaient les réservistes dont le court passage sous le drapeau a été une rassurante expérience en montrant le progrès, de l’instruction et de la discipline de nos soldats. Lorsque de toutes parts des hommes si divers de rang, de passé, d’opinion, de position, se laissent aller à exprimer ces idées, c’est qu’ils sentent évidemment qu’ils répondent à un instinct public ; ils sont emportés par un mouvement, dont le pays est le premier à donner l’exemple en se relevant d’un énergique et paisible élan, en subissant tous les sacrifices, toutes les nécessités, comme aussi en s’empressant d’accueillir les gages de stabilité qu’on lui offre par des institutions définies. Qu’il puisse y avoir encore des dangers, que M. le ministre de l’intérieur ait plus d’une occasion d’exercer la sévérité de sa surveillance, c*est possible. Le gouvernement sera d’autant plus fort qu’il s’inspirera de ce mouvement d’opinion nationale, de ce besoin universel d’apaisement, pour combattre les agitations de toute sorte, pour préparer des élections qui ne doivent pas servir à créer de nouveaux périls à la France, qui doivent au contraire lui ouvrir une paisible carrière où elle puisse poursuivre la reconstitution de sa puissance.

Heureux sont les peuples qui n’ont à s’occuper que de leurs affaires les plus simples ou qui ne voient tout au plus leurs épreuves que dans