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aussi bien que les questions qu’elle soulèvera, détermineront alors les élémens de l’entente qui pourra intervenir entre la Prusse et nous… »

Dans cette même lettre qu’on peut lire en entier à la page 77 de Ma Mission en Prusse, M. Drouyn de Lhuys voulait bien en outre m’indiquer les considérations qui nous obligeaient d’observer une attitude réservée devant les efforts faits par la Prusse et par l’Italie pour se concerter, et il ajoutait en terminant : «… Voilà toute la vérité sur notre manière de voir. J’approuve d’ailleurs complètement votre attitude et votre langage, et je vous saurai beaucoup de gré de continuer à me tenir aussi bien informé de tous les détails de cette crise. »

Est-ce en ces termes que M. Drouyn de Lhuys m’aurait accusé réception de ma correspondance, si elle avait eu pour objet de le détourner de tout projet d’entrer en arrangemens éventuels avec la Prusse, s’il avait existé entre le ministre et l’ambassadeur le dissentiment dont M. Klaczko veut faire peser sur moi toute la responsabilité ? Je n’insiste pas davantage, laissant à la pénétration de vos lecteurs le soin de voir plus clairement les choses ; je vous ferai seulement remarquer que, si M. Klaczko, comme je dois le supposer, a pris connaissance de cette lettre avant d’écrire son article, il devient impossible d’en expliquer les erreurs.

J’ai le regret de dire d’ailleurs qu’il me faudrait reprendre presque tout son travail, si je voulais en redresser les parties défectueuses ; mais je n’entends pas abuser de mon droit de réplique et je n’irai pas plus loin. Je rectifierai cependant une autre erreur à cause de son importance particulière.

Répondant à une interpellation télégraphique de M. Drouyn de Lhuys, je lui écrivais le 8 juin 1866 que personne en Prusse, depuis le roi jusqu’au plus humble de ses sujets, et à l’exception de M. de Bismarck, ne consentirait, selon moi, à nous abandonner une part quelconque du territoire allemand sur le Rhin. Après avoir cité un extrait de ma dépêche, M. Klaczko ajoute : « …Et c’est le même diplomate qui avait de telle manière apprécié la situation avant la campagne de Bohême, c’est ce même ambassadeur qui maintenant prit sur lui de présenter à M. de Bismarck les demandes du cabinet des Tuileries, qui alla jusqu’à lui soumettre, le 5 août, un projet de traité secret impliquant l’abandon à la France de toute la rive gauche du Rhin sans en excepter la grande forteresse de Mayence ! »

M. Klaczko se trompe, je n’ai pas pris sur moi de faire cette communication, et son allégation, dépourvue d’ailleurs de toute preuve, m’étonne d’autant plus qu’il a pu voir dans Ma Mission en Prusse que les choses ne se sont nullement passées de la sorte, que j’ai au contraire, en signalant les sérieuses et nouvelles difficultés que ce projet me semblait devoir rencontrer, demandé à venir préalablement en conférer à Paris, et qu’il me fut enjoint de passer outre. Ai-je bien ou mal fait d’obéir ? C’est là une autre question ; mais M. Klaczko devait d’autant plus