Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/754

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et celles que contient à l’avant du navire le poste de l’équipage sont alternativement occupées par trois propriétaires successifs, dormant sur le même matelas, qui constitue avec quelques couvertures de laine tout le matériel de couchage. Lorsque, après six heures passées sur le pont, sans abri contre le vent, la pluie ou la neige, inondé par les coups de mer, manœuvrant continuellement sa ligne alourdie par le poisson et par un plomb de 4 kilogrammes, l’homme redescend transi de froid, exténué de fatigue, il se jette tout habillé et tout botté sur ce matelas mince et humide, et, si dure que soit la couche, le sommeil ne s’y fait pas longtemps attendre. Lorsque le mauvais temps interrompt momentanément la pêche, il ne reste sur le pont que les deux ou trois hommes strictement nécessaires à la manœuvre. Si restreint que soit l’espace, les autres trouvent toujours la place de s’allonger tant bien que mal, et le jour de tempête devient ainsi pour le navire un jour de- repos général.

Grâce à la sollicitude de l’administration de la marine, qui a eu beaucoup à faire pour sauvegarder la santé des équipages, souvent mise en péril autrefois par les tendances économiques de certains armateurs, la ration réglementaire se compose de biscuit, de viande salée, de légumes secs, de têtes de morues, d’eau-de-vie et de vin. Sur quelques navires, le vin est remplacé, si l’équipage y consent, par la bière ou le cidre. Chaque homme était autorisé autrefois à embarquer à ses frais, et pour son propre usage, une certaine quantité d’eau-de-vie. Cette tolérance, également pernicieuse au point de vue hygiénique et au point de vue moral, n’est plus admise aujourd’hui. Néanmoins, il faut bien le dire, la sobriété n’est pas devenue plus qu’avant la vertu dominante de nos équipages de pêche ; mais qui se sentirait le courage de juger avec trop de sévérité les excès passagers de ces hommes, dont la vie ordinaire se compose de fatigues et de périls ? Il n’est pas rare de les voir mettre de côté chaque jour une partie de l’eau-de-vie qui leur est distribuée, et lorsqu’une circonstance fortuite, telle qu’une avarie grave, le besoin de refaire la provision d’eau douce, une trop longue série de mauvais temps, amène le navire en relâche dans un fiord, la réserve ainsi faite à la mer est consommée en quelques heures.

En principe, tout bâtiment de commerce doit être commandé par un marin pourvu, suivant la traversée à faire, d’un brevet de capitaine au long cours ou de maître au cabotage. Une mesure d’exception permet cependant de confier le commandement des navires destinés à l’Islande à des marins qui, après avoir justifié de cinq voyages antérieurs dans ces parages et de quelques connaissances très sommaires en navigation théorique, prennent le titre de maître