Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/790

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les autres ; les premiers sont enfoncés dans la terre. Ainsi la construction dans son ensemble offre une remarquable solidité. Ces nids ont plusieurs ouvertures que les habitans ferment à la chute du jour et dans les temps de pluie. Diverses espèces pratiquent d’énormes souterrains et installent des appartemens à plusieurs étages sans employer de matériaux étrangers ; ce sont les maçonnes. D’autres moins habiles, en général de taille fort exiguë, s’établissent sous une large pierre qui servira de toiture : dans la terre, elles creusent des galeries ; ce sont les mineuses. Certaines fourmis se logent dans le bois : la matière se prête à la sculpture ; aussi est-ce une merveille que le dédale de chambres et de couloirs.

Les fourmis ont des instrumens de travail très simples ; des mandibules garnies de quelques dents suffisent à tailler le bois ou des brins d’herbe, à pétrir la terre, à saisir les corps. Selon la nature des outils, l’animal se montre habile à une besogne particulière, ses mandibules deviennent des armes, et, chez beaucoup d’espèces, ce sont des armes puissantes. Un des traits saisissans de la vie des laborieux insectes, c’est le concert qui s’établit entre les individus pour la construction des nids, pour les expéditions à la recherche des subsistances, pour les combats, aussi bien que dans le partage des attributions. Très fréquemment on voit les ouvrières se toucher les unes les autres avec les antennes, et tous les observateurs demeurent persuadés qu’elles ont entre elles des communications, une sorte de langage. En effet, une fourmi rencontre-t-elle un embarras, découvre-t-elle une substance de son goût, au plus vite ses compagnes averties accourent sur la place.

Au printemps, il n’existe dans les nids que la foule des ouvrières et quelques reines privées d’ailes. Une fois fécondées, les femelles, ne devant plus sortir de l’habitation, abandonnent leurs ailes, qui se détachent sans causer le moindre trouble à l’animal ; l’insecte les tire, elles tombent ; au besoin, les neutres se chargent de l’opération. Les femelles commencent à pondre ; les œufs, entièrement blancs et d’une extrême petitesse, grossissent sensiblement au contact de l’air ; les ouvrières les recueillent, les placent dans des chambres spéciales, s’efforcent de les préserver du froid ou de la trop grande chaleur. Les larves éclosent, pauvres créatures presque inertes ; elles ont tout juste l’instinct de redresser un peu la tête et d’ouvrir la bouche pour recevoir la becquée. Habiles dans l’art de l’ingénieur ou de l’architecte, adroites au possible dans l’exécution des travaux matériels, les fourmis sont des nourrices incomparables. Elles tiennent les larves dans un état de propreté parfait, les gorgent de sirop, le matin les portent aux étages supérieurs, où se fait sentir une douce température, les remportent aux étages inférieurs lorsque le soleil trop ardent pourrait griller ces corps