Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/799

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humides n’avaient point germé, tandis qu’aux alentours, des graines de même origine ayant été répandues, les plantes se montraient déjà verdoyantes. Intrigué, vraiment en peine de trouver une explication plausible, l’observateur veut se livrer à une recherche attentive. Huit mois durant, des semences par milliers extraites des fourmilières sont examinées ; quelques-unes seulement présentent des traces de germination et celles-ci en général ont été mutilées comme si l’on eût voulu en arrêter le développement. Moggridge n’hésite pas à conclure que les fourmis exercent sur les graines un pouvoir mystérieux. Pour un naturaliste, le mystère, c’est l’ignorance ; la vérité, c’est qu’il reste à découvrir par quel procédé les intelligentes petites bêtes empêchent les semences de germer malgré la chaleur et l’humidité. Chose curieuse, ces graines comme frappées d’engourdissement, tirées des nids de l’atte noire et jetées sur la terre, se développent aussi bien que les autres ; plusieurs fois répétée, l’expérience eut toujours le même succès. Au reste les fourmis ne disposent peut-être que de moyens très simples, car à certaines heures on les voit porter des semences hors du nid, les mettre au soleil, et, l’exposition jugée suffisante, les remporter dans les magasins.

Naturellement les attes ont un autre régime alimentaire que nos fourmis des bois ; elles font des graines leur principale nourriture. Sous l’influence de la chaleur et de l’humidité, la matière amylacée se transforme en sucre, et les insectes, sensuels autant que laborieux, dévorent avec une avidité incroyable la pulpe douce. Ils ne garderont pas tout ce qu’ils ont consommé ; une part sera pour les larves. Les fourmis moissonneuses, paraît-il, ne se laissent guère prendre au dépourvu. En automne, elles fourragent avec une telle ardeur et amassent de si grosses provisions qu’au temps où viennent les fleurs les greniers sont encore loin d’être vides ; — les petites bêtes estiment la richesse. Néanmoins les attes ne se contentent pas absolument de graines ; volontiers elles attaquent des chenilles et se plaisent fort à en humer les parties fluides, mais elles ne semblent pas s’occuper le moins du monde des pucerons. Nos moissonneuses ne témoignent aucune préférence marquée pour une sorte de graines. Moggridge a trouvé dans les nids des semences d’espèces appartenant aux familles végétales les plus diverses. Près des jardins, l’atte noire emporte sans scrupule les graines des plantes exotiques les plus rares. On en eut l’exemple à Antibes, dans le parc d’un célèbre botaniste. L’atte maçonne, qui s’établit souvent à proximité, des habitations des hommes, ne se fait pas faute de piller le blé et l’avoine ou de recueillir les graines que les oiseaux jettent hors de leurs cages.

Sur les garrigues méditerranéennes de même que dans nos bois