Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/808

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départ. Au retour, les malheureuses fourmis ne témoignent d’aucune préoccupation, mais quand elles se mettent à gravir la côte, la fatigue se fait sentir ; la troupe avance péniblement, des individus qui tiennent la tête retournent en arrière comme pour s’assurer que nul ne s’égare. Enfin, à sept heures du soir, les amazones rentraient au nid sans avoir rien trouvé.

Une autre fois, la bande se met en route à l’heure tardive ; les herbes touffues qui embarrassent le chemin ne permettent aux fourmis d’avancer qu’avec de grandes difficultés et une lenteur extrême ; prise de découragement, la troupe renonce à poursuivre, et sans hésitation apparente retourne au nid. Dans le monde des amazones, on ne se laisse guère abattre par des échecs. Une expédition a-t-elle été mal conduite, l’expérience malheureuse, les fautes commises servent pour mieux s’engager dans la nouvelle campagne. Par une belle journée, avant quatre heures de l’après-midi, une nombreuse horde de fourmis guerrières sortait de sa demeure. Bientôt elle se trouve près d’un champ de blé ; ici, elle s’arrête, les petites bêtes se croisent, courent comme effarées, se touchent avec les antennes et finissent par revenir se grouper. Elles entrent dans le champ de blé ; à peine ont-elles marché quelques instans, elles rebroussent, et voilà encore une halte au premier point d’arrêt. Des individus restent sur place immobiles, comme anéantis ; pourtant une portion de la troupe se remet en mouvement et parcourt dans les blés plusieurs mètres en furetant à droite et à gauche. Ne parvenant à rien découvrir, les amazones regagnent tranquillement leur domicile. Le lendemain, on les voit repartir dans la même direction. Sans hésiter, elles pénètrent dans le champ de blé, le traversent en totalité en inclinant sur la droite, et à la sortie se trouvent juste en face d’un gros nid de fourmis brunes. Envahir la fourmilière par une galerie ouverte est l’affaire d’un moment ; les amazones ne tardent pas à reparaître chacune portant une nymphe ; les dernières sont chassées par les fourmis brunes. Les voleuses reprennent le chemin de l’habitation ; mais, au lieu d’y entrer, elles déposent les nymphes en tas près de l’une des portes, et repartent aussitôt pour continuer le pillage. Les premières rencontrent celles qui forment la quelle de la colonne, et c’est plaisir de voir avec quel soin elles évitent de passer trop près des individus chargés afin de ne pas les troubler ; — il y a donc deux courans qui se dirigent en sens contraire. Les fourmis brunes qui viennent d’être pillées ont, en prévision d’un second assaut, barricadé les ouvertures de leur nid avec des grains de terre, faible ressource. Les amazones placées en tête de la troupe attendent le gros de l’armée ; se voyant en force, elles grimpent précipitamment sur le dôme, déblaient les entrées, bousculent les