Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/888

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prix éviter à Buenos-Ayres : le Paraguay supprimé politiquement et n’ayant plus qu’une existence purement géographique, le Brésil présent à l’Assomption avec une armée et une escadre dépositaires de la seule force publique qui subsistât des soldats étrangers, des esclaves armés substitués à un peuple anéanti, la question paraguayenne changeant de face et devenant pour les républiques du Rio de la Plata une question brésilienne, préparée par elles-mêmes contre leur propre sécurité.

Quels avantages compensaient pour la république argentine ces quatre années de guerre et cette situation dangereuse ? Dès le début, elle avait occupé sans contestation de la part de son allié l’ancien territoire des Missions, situé au nord-est de la province de Corrientes entre le Paranà et l’Uruguay jusqu’au Rio-Iquazu ; plus tard elle avait pris possession de Villa-Occidental, située en face de l’Assomption sur la rive droite du Paraguay au nord du Rio-Pilcomayo, mettant ainsi la main sur l’immense territoire du Grand-Chaco, et se plaçant de façon à s’assurer à jamais la libre navigation des fleuves Bermejo et Pilcomayo, grands affluens du Paraguay qui descendent parallèlement des montagnes de la Bolivie. Le Brésil n’avait pas protesté contre ces prises de possession, ni invoqué l’article du traité de la triple alliance par lequel les alliés s’étaient interdit toute idée de conquête ; il semblait même tacitement reconnaître que la république argentine avait agi en vertu d’un droit réel en rentrant en possession de territoires qu’elle avait toujours réclamés du Paraguay depuis 1844. Le Brésil d’ailleurs occupait, lui aussi, l’île d’Ataso ou de Cerrito, située au confluent du Paraguay et du Haut-Paranà. Cette île, d’une importance stratégique considérable, domine entièrement le cours des deux fleuves, n’est séparée de la rive argentine que par Un bras aujourd’hui presque à sec ; elle a sur le Paraguay une façade de 9 lieues dont un seul point est habitable, — le Cerrito, petit promontoire qui s’avance sur le chenal navigable du Paraguay. C’est là que, dès le début de la guerre, les Brésiliens établirent leur dépôt de matériel, de troupes, d’armes de guerre, c’est là qu’après la guerre ils l’emmagasinèrent, et, tout en créant dans belle île la succursale de leur arsenal de Matto-Grosso, ils s’assuraient la domination absolue de tout le cours supérieur des affluens de la Plata, se constituant par la force les arbitres et les juges de toutes les questions à résoudre.

Telle était la situation lorsque, le 1er mars 1870, Lopez mourut de la main d’un maraudeur égaré au Cerro-Cora. On s’occupa immédiatement de signer avec le Paraguay les préliminaires de paix qui aboutirent aux protocoles du 20 juin 1870. L’alliance subsistait entière ; toute idée de conquête ayant été préalablement exclue, les