Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/895

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seconde, occupe ainsi une presqu’île inattaquable vis-à-vis de l’Assomption. La vérité est que le Pilcomayo n’a qu’une embouchure au sud de la Ville-Occidentale, qui, se trouvant ainsi en dehors de cette fameuse limite du Pilcomayo, maximum des prétentions soutenables de la république argentine, n’est pas défendue. Il faut donc reconnaître qu’obtînt-on à Buenos-Ayres la Ville-Occidentale, on se serait simplement créé un embarras pour l’avenir et l’on aurait acquis un point si peu stratégique qu’à la première menace de guerre il faudrait l’abandonner, sur lequel par conséquent on ne pourrait jamais établir qu’une possession précaire. Le gouvernement seul a mis son point d’honneur à résister à toute transaction, et, craignant sans doute que le général Mitre ne s’avançât trop dans la ligne sage qu’il semblait conseiller dans ses notes confidentielles, M. Tejedor, dans son rapport annuel au congrès (juin 1873), eut soin de formuler des prétentions que l’on savait en complète opposition avec les vues brésiliennes ; le résultat fut de compromettre à ce point les négociations engagées que le Paraguay voulut revenir sur la transaction admise en principe au sujet du territoire des Missions et de la limite du Pilcomayo, et même remettre en question la propriété du Chaco, résolue par le traité d’alliance. C’était encore une faute grave, qui allait faire perdre tout le terrain conquis à Rio et ramener le général Mitre au point où en était M. Quintana en 1871, c’est-à-dire le forcer de revenir à Buenos-Ayres pour constater dans un long mémorandum l’impossibilité de traiter.

Le Paraguay pendant ce temps n’avait du reste fait aucun progrès politique. En 1872, M. Jovellanos avait été nommé président en remplacement de M. Rivarola, démissionnaire ; mais, attaqué par le parti national, il avait dû recourir à l’appui des troupes brésiliennes pour écraser l’insurrection dirigée par M. Caballero, qui mit en péril la ville même de l’Assomption à l’époque où le général Mitre y débarquait pour négocier. Un traité avec un gouvernement aussi peu stable était un mince succès, mais ce traité même était impossible. Le gouvernement paraguayen était bien en apparence reconstitué sur les ruines laissées par un demi-siècle de dictature, mais les patriotes paraguayens n’avaient aucune confiance dans l’avenir, ni dans le maintien de l’indépendance nationale ; en possession d’une constitution parfaite au point de vue théorique, l’éducation politique leur manquait pour donner une vie réelle à cette constitution promulguée plutôt que fondée, et restée par la force des choses à la merci de bouleversemens journaliers. Cette instabilité politique constituait par elle-même un obstacle pour toute espèce de traité ; là pourtant n’était pas la seule difficulté. Les traités Cotegipe n’étaient ni plus ni moins garantis, et cependant le Brésil