Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/899

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De son côté la république argentine, dans l’état où sont ses finances, habitée qu’elle est par une foule d’étrangers presque aussi nombreux que les nationaux, pourrait-elle soutenir une longue guerre sans s’effondrer ? Ce sont là des questions qui doivent préoccuper vivement les patriotes de l’un et l’autre pays.


III

Les difficultés que traverse la république argentine dans ses rapports avec le Brésil et qui mettent en péril la paix du continent sud-américain ne sont cependant pas les seules. Ces complications même en ont amené d’autres avec plusieurs voisins et en particulier avec la république du Chili, dont les prétentions se sont accentuées à mesure que la querelle avec le Brésil se présentait plus menaçante. Cette hostilité récente entre ces deux républiques, nées du même mouvement de colonisation espagnole, élevées sous des lois communes, unies plus étroitement encore par les épreuves de l’indépendance de 1810 à 1817, n’était présagée par aucun incident antérieur de quelque importance. A la suite des événemens de 1810, les républiques chilienne et platéenne s’étaient formées sur les mêmes principes politiques et sociaux, et rien ne pouvait faire prévoir une scission comportant l’oubli d’une commune origine et de services mutuellement rendus.

La discussion porte tout entière sur la propriété’ du vaste territoire désert de la Patagonie, sur lequel aucun des deux états n’a jamais exercé une possession effective. Aujourd’hui même, où la question de propriété est soulevée entre les deux états voisins, les documens précis font défaut pour donner à la Patagonie des limites sûres au nord ; bornée aux autres vents par le cap Horn, la Cordillère et l’Atlantique, s’étend-elle au nord jusqu’au Rio-Negro par A2 degrés ou seulement jusqu’au Rio-Diamante par hl degrés, ancienne limite des provinces de Cuyo ? Ce sont là des questions obscures qui jusqu’à ces dernières années n’avaient intéressé personne ; il semblait même que les deux parties aujourd’hui en litige eussent pris à cœur d’inscrire dans des documens publics le peu de cas qu’elles faisaient de ce territoire. Ainsi en 1849 le ministre de la marine chilienne, dans le rapport annuel de son département, disait textuellement : « Nous ne devons pas oublier de signaler l’état de complet abandon dans lequel se trouvent nos ports et les eaux de la république ; il semble incroyable qu’étant donné que la seule source de nos revenus est la douane, toute notre côte, depuis Copiapo jusqu’à Chiloe, soit abandonnée par la force publique et ouverte à la contrebande, au brigandage et à toute espèce d’abus. »