Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/934

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de lord Temple, l’intrigant et malicieux frère du premier ministre. A peine mis en liberté, il écrivait au secrétaire d’état une lettre à peu près ainsi conçue, qui fut rendue publique : « En sortant de la prison où vous m’avez fait enfermer, je m’aperçois que ma maison a été pillée, et l’on m’apprend que les papiers volés sont en votre possession. Veuillez me les rendre. » Si cette façon de s’exprimer pouvait plaire à la foule, elle était au contraire de nature à indisposer contre Wilkes tous les hommes modérés. Mieux inspiré, il poursuivit devant les tribunaux ceux qui l’avaient fait arrêter. Le cas était grave ; d’un côté les ministres avec le prestige que leur assurait la complicité avouée du roi, de l’autre un homme dont la conduite, toute passion politique mise à part, était blâmable. Toutefois le grand-juge Pratt n’hésita pas à se prononcer contre la couronne ; déclarant que le mandat d’amener général était illégal, il infligea des amendes considérables au secrétaire d’état qui l’avait signé de même qu’aux messagers qui l’avaient mis à exécution. Lord North fut contraint d’avouer plus tard que cette malencontreuse affaire coûtait 100,000 liv. sterling au trésor public. On loua beaucoup le grand-juge qui avait donné une preuve rare d’impartialité. George III, furieux de l’aventure, fit révoquer lord Temple et John Wilkes des fonctions honorifiques qu’ils remplissaient dans leurs comtés. Le parti de la cour s’apprêtait d’ailleurs à prendre sa revanche en une prochaine occasion.

Comme il ne trouvait plus d’imprimeur qui voulût courir le risque de travailler pour lui, Wilkes établit à son domicile une presse particulière pour éditer à nouveau la collection du North-Briton. Il s’en servit en même temps pour imprimer un opuscule obscène, l’Essai sur la femme, qui était une parodie d’une œuvre de Pope, avec des commentaires licencieux qu’il attribuait malignement au docteur Warburton, évêque de Glocester. Cet ouvrage, dont l’auteur paraît être du reste Potter, fils de l’archevêque de Canterbury, n’était pas destiné à la publicité. Il n’y en eut que douze exemplaires, dont aucun ne fut distribué. Il est vraisemblable que les anciens compagnons de plaisir de Wilkes en connaissaient l’existence. Un jour, l’un d’eux, lord March, se le procure par l’indiscrétion d’un domestique. Un autre affilié de l’abbaye de Medmenham, lord Sandwich, se charge d’en donner lecture à la chambre des lords. Aussitôt Warburton, qui siège dans cette chambre, proteste à son tour avec une ardeur excessive contre l’abus que l’on a fait de son nom. Ce fut un scandale tel que les lords citèrent Wilkes à leur barre. Le même jour, — c’était à la réouverture du parlement au mois de novembre, — l’un des ministres, lord North, présentait aux communes un compte-rendu de la procédure suivie contre