Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/940

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ministres déplaisans. Chatam, hautain et absolu, ne s’humiliait que pour la forme devant la majesté souveraine. Bute, à supposer que le roi ne l’ait pris que tard en aversion par le motif qui a été dit, n’était resté que quelques mois au pouvoir. Quant à Grenville, il avait toute l’arrogance d’une trop heureuse médiocrité. Rockingham et le duc de Grafton, tous deux du parti whig, étaient en quelque sorte les adversaires du parti de la cour ; ils s’étaient montrés d’ailleurs peu capables. George III aurait voulu pour le moins avoir dans son conseil des gens bien élevés qui eussent un peu de condescendance pour ses opinions. C’est ainsi qu’il se rappelait encore avec gratitude dans ses vieux jours d’avoir vu à la tête de la marine lord Sandwich, un libertin, dont la conduite privée était notoirement scandaleuse, et cependant le roi, qui aimait ce ministre, était lui-même sans contredit un homme de mœurs pures. Enfin il découvrit dans lord North l’homme qu’il lui fallait, respectueux, point entêté, assez bien posé dans le parlement pour y exercer une influence considérable, capable de lutter à la tribune contre les meilleurs debaters. Lord North était de plus un lettré, un vrai gentilhomme, et c’est quelque chose, disait le roi, d’avoir affaire à un gentilhomme. Tant de qualités lui valurent de rester longtemps à la tête des affaires. Devenu premier ministre en janvier 1770, il ne se retira qu’en mars 1782. Lord North avait un profond mépris pour l’opinion publique, il se vantait volontiers d’être impopulaire. Alors tout dévoué au souverain, qu’il servait avec autant de docilité que de bonne humeur, il s’allia plus tard aux pires ennemis de la cour. Était-ce donc au moins un homme habile ? Son long ministère ne fut signalé que par des guerres désastreuses contre les états insurgés de l’Amérique du Nord et contre la France, par des luttes intérieures où l’autorité n’eut pas toujours le dernier mot, L’histoire n’est pas aussi indulgente pour cet homme d’état que le fut George III, qui le conserva tant qu’il fut possible et ne le laissa partir qu’à regret. L’histoire le juge comme un homme sans conscience ni conviction que les soucis du pouvoir n’émouvaient pas, parce que rien ne le pouvait émouvoir. Le roi trouvait en lui le serviteur complaisant qu’il avait cherché depuis dix ans sans le découvrir encore. Avec lui, George III allait être en mesure de faire prévaloir les privilèges de la prérogative royale si chers à son cœur. Ce souverain triomphait enfin par ce seul motif qu’il avait suivi avec persistance une même ligne politique, tandis que les partis parlementaires étaient dans le désarroi. La lutte que Wilkes avait soutenue en hardi partisan n’était pas finie. On en va voir les derniers incidens.

L’élection du Middlesex venait d’avoir Heu lorsque lord North