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mentaires, en expliquant ses paroles, n’a fait que maintenir avec une adroite fermeté ce qu’il avait dit. Mettons qu’il n’y a eu ni vaincu, ni vainqueur, nous ne demandons pas mieux : on s’est expliqué, on s’est entendu, et le Journal officiel a eu la bonne fortune de pouvoir enregistrer tout à la fois l’existence et le dénoûment de la crise.

Au fond, de quoi s’agissait-il ? M. Léon Say a signalé comme un « fait heureux » l’évolution parlementaire où a disparu l’ancienne majorité du 24 mai, et d’où est sortie la majorité nouvelle ralliée dans le vote du 25 février ; c’était, à ce qu’il parait, le point délicat. M. le ministre de l’intérieur cependant ne peut pas avoir une autre opinion de cette évolution parlementaire, à laquelle il a lui-même aidé par sa dextérité de président de l’assemblée ; il ne peut pas trouver bien malheureuse une situation dont le ministère est l’expression au pouvoir. Ce que M. le ministre des finances a dit, M. le vice-président du conseil ne peut le désavouer sans se désavouer lui-même. Le dissentiment ne pouvait donc être sérieux. Ce qu’il y a de grave, c’est cette obsession inquiète à laquelle M. Buffet semble obéir dès qu’il est question de tous ces événemens, de la majorité du 24 mai ou de la majorité du 25 février ; c’est cette préoccupation de dégager le ministère de tout élément nouveau, pour le ramener à la tradition strictement orthodoxe, à ce qu’il appelle d’une manière un peu mystérieuse la politique conservatrice. C’est là le point sur lequel semble toujours planer une équivoque dangereuse, dont le dernier incident n’est peut-être qu’un symptôme de plus. Que le ministère reste conservateur, rien de mieux assurément ; qu’il se présente compacte, uni sur les questions essentielles devant l’assemblée, et qu’il aille jusqu’au bout de sa tâche, jusqu’aux élections, rien de mieux encore, d’autant plus que ceux qui parlent légèrement de modifications ministérielles ne se rendent peut-être pas un compte exact des conséquences d’une crise de pouvoir à laquelle M. Dufaure et M. Léon Say ne survivraient probablement pas plus que M. Buffet. Encore faut-il s’entendre et savoir ce qu’on veut, ce que signifie ce mot de conservateur dont tout le monde se sert aujourd’hui. M. le vice-président du conseil est un homme assez sérieux pour qu’on parle sérieusement et nettement avec lui. Ce que nous lui reprochons, ce n’est pas d’arborer hautement le drapeau de la politique conservatrice, c’est au contraire de ne pas servir toujours l’intérêt conservateur bien entendu, de sacrifier à des préventions, à des défiances, à des partis-pris la vraie politique conservatrice, et en vérité d’avoir plus d’obstination que d’autorité. D’autres esprits plus éminens, dans des circonstances moins compliquées, ont essayé de jouer ce rôle, et ils y ont échoué, parce qu’il ne suffit pas de se fixer dans une certaine immobilité, de favoriser toutes les influences de réaction, de résister à tout mouvement.

Le meilleur moyen d’être conservateur dans la république d’aujourd’hui, puisqu’après tout nous vivons dans la république, ce n’est pas