Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/957

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gnifiée par les intransigeans ; qu’ils restent tout simplement des modérés républicains faisant alliance avec des modérés libéraux pour soutenir d’un commun effort l’œuvre qu’ils ont faite ensemble.

Est-ce qu’ils ne voient pas que les radicaux sont partout des précurseurs de dictature, qu’ils ne font que compromettre la république comme ils compromettent les libertés municipales quand ils cherchent à s’en emparer ? On vient de le voir encore une fois dans l’élection récemment faite dans un arrondissement de Paris. Les radicaux n’ont pas eu de peine, il est vrai, à triompher, ils sont restés seuls dans la lutte. Quel candidat sont-ils allés choisir ? Un homme qui commence par dire : « Je n’habite Paris que depuis quatre ans, et je suis inconnu de la plupart d’entre vous. » Voilà, ce nous semble, qui est un titre pour être élu conseiller municipal dans une cité comme Paris et dans un quartier comme celui de la Sorbonne ! Et quel est le programme auquel s’est empressé de souscrire le candidat découvert par le radicalisme ? Affirmation de la république, instruction obligatoire et laïque, séparation de l’église et de l’état, amnistie, rétribution des fonctions électives, etc., toutes choses dont pas une ne relève de la juridiction municipale. Et c’est ainsi que le radicalisme travaille à mettre le désordre dans les institutions les plus utiles.

Les événemens dont la France porte le poids ne sont après tout que la triste suite de bien d’autres événemens qui ont laissé dans notre histoire comme une traînée d’inexorable lumière, et les difficultés au milieu desquelles nous nous débattons s’éclaireraient parfois bien utilement des souvenirs de cette révolution de 1848 que le second volume des Mémoires de M. Odilon Barrot fait revivre. Ils ne sont pas prodigues de révélations, ces Mémoires, ils ne multiplient pas les traits nouveaux sur la physionomie de cette mouvante scène où va se dérouler entre les émeutes et un coup d’état le drame des destinées d’une nation ; ils sont du moins le témoignage sincère, presque naïf, d’un homme qui a été mêlé à deux ou trois bouleversemens, qui a eu quelquefois un rôle disproportionné avec sa nature et qui a certainement représenté une moyenne d’instincts et d’opinions dans un pays aussi prompt à faire des révolutions qu’à les regretter.

M. Odilon Barrot se peint lui-même en racontant cette crise redoutable de la société française, et on pourrait dire à première vue qu’il y a en lui des personnages divers : il y a l’orateur d’opposition, le révolutionnaire sans le vouloir, sans le savoir, avant le 24 février, le ministre d’une heure dans cette néfaste journée, et le conservateur, le réactionnaire du lendemain ; mais sont-ce bien là des hommes différens ? N’est-ce pas toujours le même personnage ? Au fond, à y regarder de près, M. Odilon Barrot et M. Dupin sont, dans la même génération, deux types curieux de l’avocat politique, l’un un peu banal, un peu solennel, indépendant avec gravité, toujours désintéressé et consciencieux,