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qu’il n’augmente chaque année, il faudrait chercher le moyen de s’opposer à la propagation d’un fléau qui de tous est celui que l’hérédité transmet le plus. Presque toujours la folie est annoncée par des symptômes précurseurs ; mais l’incroyable légèreté avec laquelle se font les mariages est cause qu’on ne se préoccupe guère de l’organisation physique ou mentale de ceux qui se chargeront de propager l’espèce sans le moindre sentiment de la responsabilité encourue pour les misères qu’ils légueront à leurs héritiers. « L’homme s’est persuadé, à tort ou à raison, qu’il y a dans l’amour entre les deux sexes quelque chose de sacré et de mystérieux qui légitime le dédain des conséquences du mariage. Il n’y a qu’à voir la large part qu’occupe l’amour dans les romans, dans la poésie, dans la peinture, et à considérer comment ce mot seul justifie devant l’opinion les actes les plus déraisonnables, pour comprendre quel haro soulèverait la tentative d’opposer à son prestige les froids préceptes de la raison. » Et encore si l’amour était l’excuse de tant d’unions funestes pour l’avenir de la race ! Assurément les moyens ne manquent pas de nous garantir de la dégénérescence intellectuelle dont semble nous menacer la multiplication des cas de folie ; mais des vérités comme celles qu’établit M. Maudsley ont besoin d’être prêchées sans relâche pendant bien des années avant que les hommes trouvent le courage d’en faire l’application pratique.

Paris, 22 septembre 1875.

A M. le directeur de la Revue des Deux Mondes.

Monsieur le directeur,

Vous avez publié dans votre numéro du 1er septembre courant, sous la signature de M. Emile Burnouf, un article intitulé : la Grèce et la Turquie en 1875.

Cet article tire une grande importance, non-seulement de l’autorité dont jouit votre Revue dans le monde entier, mais encore de la haute situation que M. Burnouf a occupée en Grèce, comme directeur de l’école d’Athènes. Ce sont autant de raisons pour moi de relever de graves erreurs qui se sont glissées sous la plume de M. Burnouf, et qui sont de nature à porter atteinte à ma considération personnelle.

Parlant de l’affaire des Scories du Laurium, M. Burnouf dit :

« Un banquier sorti du groupe des spéculateurs de Kaviarokhan acheta pour 12 millions 1/2 la propriété entière de la compagnie, et la revendit quelques jours après au public, sous la forme d’actions, pour une somme totale de 20 millions. »

J’ai l’honneur d’être le banquier dont parle M. Burnouf, et, quoique mon nom propre ne soit pas prononcé, la désignation est assez formelle pour que personne ne puisse s’y tromper. M. Burnouf ajoute d’ailleurs