Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 11.djvu/98

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vêtemens réformés, capotes de mobiles ou autres, dont par bonheur après la guerre il existait une énorme quantité dans les magasins de l’armée, leur furent distribués, et successivement des terres, des semences, des bœufs, des instrumens aratoires : ils touchaient régulièrement des rations de vivres comme les soldats. Encore s’ils avaient pu s’aider eux-mêmes, profiter de tout ce qu’on faisait en leur faveur ; mais, une fois maîtres d’une concession et libres de l’exploiter, ils se trouvaient fort embarrassés : ces immigrans pour la plupart n’étaient pas des cultivateurs, simples ouvriers des villes ou habitans des contrées forestières, ils n’avaient de leur vie conduit une charrue ; plus d’une fois on dut s’adresser aux indigènes eux-mêmes pour les tirer de peine et leur apprendre à labourer.

Tant de dépenses de toute nature devaient à la longue créer de graves embarras au gouvernement colonial. Si efficace que fût l’intervention des comités locaux aidés par les comités de la métropole, c’est encore sur l’administration que retombait la plus grande partie des charges, et ces charges étaient lourdes. Les fonds inscrits au budget et destinés à la colonisation en général avec les deux crédits successivement votés par la chambre en faveur des Alsaciens-Lorrains avaient été bien vite absorbés ; le gouvernement de l’Algérie se vit alors entraîné à prélever sur ses ressources ordinaires une somme d’environ 700,000 francs pour subvenir aux besoins toujours croissans de l’immigration. De là un certain malaise qui s’est fait sentir dans les finances, de la colonie pendant plusieurs années. Étant données les circonstances, il eût été sans doute bien difficile d’y échapper ; le plus pénible encore en tout cela, c’était le sort des nouveaux colons. Dans la précipitation du premier moment, on les avait disséminés un peu au hasard, par groupes plus ou moins nombreux, sur toute l’étendue de la colonie, là où des terres étaient disponibles ; plusieurs centres même avaient été créés dans des endroits dépourvus de routes ou imparfaitement assainis. A leur incapacité, à leur dénûment, s’ajoutaient pour ces hommes du nord les dangers trop réels du changement de climat ; mal défendus par une installation hâtive et incomplète contre les variations de la température, ignorans des plus simples précautions à prendre sous le ciel brûlant de l’Afrique, ils n’avaient pas tardé à payer leur tribut aux fièvres et aux maladies, une assez forte mortalité s’était déclarée parmi eux, chez les petits enfans surtout ; le découragement bientôt avait suivi. Plusieurs déjà quittaient leurs concessions, retournaient à Alger, erraient sur les places publiques et dans les rues, faisant étalage de leur misère et laissant échapper mille critiques passionnées contre les autorités du pays.

A peine informée de ces tristes événemens, la société de protection des Alsaciens-Lorrains se hâta de voter une première allocation,