Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/101

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de l’Amazone jusqu’à l’estuaire de Pará, Il suffira aux époques favorables de tenir quelques semaines durant sur la rivière deux embarcations amarrées à terre pour recueillir des blocs magnifiques et fournir à un moulin de quoi travailler toute une année.

Dans les premiers temps qui suivirent la découverte du Brésil, c’était surtout la richesse métallique du pays qui tentait les immigrans. Les premières notions relatives aux districts de l’intérieur furent dues aux hardies expéditions des chercheurs d’or, et particulièrement aux colons de l’ancienne capitainerie de Saint-Vincent (aujourd’hui Santo-Paulo) ; une des principales provinces, Minas Geraes (mines générales), a même gardé le nom significatif qui lui fut donné. Ce genre de richesse n’a plus à présent la même importance qu’autrefois ; on a reconnu que le plus sûr moyen de développer la prospérité du Brésil, c’est d’y créer une bonne économie rurale qui assure une large base au trafic d’exportation, et de rompre par tous les moyens l’espèce de paralysie native qui pèse sur les membres les plus robustes de ce grand corps. A vrai dire, comme tout s’enchaîne dans cette voie de rénovation, le rendement des mines d’or et de diamans se trouvera du même coup vivifié ; pour ne parler que des riches filons qui sont aux sources du Guaporé, et où l’extrême difficulté de communications, plus encore que les fièvres, a fait interrompre l’exploitation, l’ouverture de nouveaux chemins, sillonnés par des véhicules de toute sorte, aura pour effet certain de leur rendre leur fécondité et leur attraction ; mais ce n’est pas là le côté urgent du problème qui s’impose à l’économiste et à l’homme d’état. Si de longtemps peut-être, par suite du haut prix de la main-d’œuvre, le Brésil ne pourra lui-même tailler les diamans qui sortent de ses laveries, il trouvera toujours des bras pour fouiller ses eldorados. Les forces travailleuses dont il a besoin doivent s’appliquer à de tout autres besognes. Depuis quatre années déjà le gouvernement de Rio-de-Janeiro a tranché dans le sens d’une émancipation graduelle ce terrible problème de l’esclavage, dont la solution tardive avait coûté tant de sang à la grande confédération de l’Amérique du Nord. On sait que, d’après la loi nouvelle, tous les enfans nés à partir de 1872 de femmes esclaves (c’est la condition de la mère qui détermine celle de l’enfant) deviendront libres en atteignant leur vingtième année. Cette mesure de justice et d’humanité, sans produire une révolution radicale, n’en a pas moins placé le pays en face d’une crise momentanée. Il s’agit de créer pour l’avenir une classe intelligente et laborieuse d’ouvriers ruraux. La population nègre émancipée sera loin de suffire à la tâche ; elle est d’ailleurs en plein dépérissement, le nombre des naissances n’égale pas à beaucoup près celui des décès, et depuis vingt ans,