Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/190

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ont été modifiés, retardés, amortis. Si l’Espagne passe pour la terre de l’imprévu, assurément le paiement à heure fixe des titres de natures si diverses qui composent les engagemens de l’état a dû passer, à quelque époque que ce soit, pour la plus invraisemblable des surprises. Avant 1868 comme après, mais dans une proportion moindre et avec des alternatives de prospérité ou des recrudescences d’embarras, conséquences des variations de l’atmosphère politique, le règlement du budget a toujours présenté les mêmes difficultés ; nous tenons aie constater avant tout, pour ne pas encourir le reproche d’avoir trop médit de la situation actuelle, afin de pouvoir mieux apprécier les mérites du régime qui doit l’améliorer.


I

Avant la révolution de septembre 1868, le capital nominal de la dette extérieure de l’Espagne, résultant des emprunts et des conversions de tout genre, s’élevait à 1 milliard 875 millions, dont l’intérêt exigeait une annuité de 56 millions de francs. La dette intérieure dépassait en capital nominal 1 milliard 515 millions et nécessitait une annuité de 45 millions 1/2. Il n’est pas besoin d’expliquer la différence qui existe entre ces deux natures de dettes, ni d’en retracer les origines. Le nom seul justifie le traitement privilégié appliqué à la dette extérieure, soit aux emprunts contractés à l’étranger : c’est par un soin plus scrupuleux à en payer régulièrement les intérêts que le gouvernement espagnol a pu en élever le taux d’émission, et que le cours s’est maintenu toujours plus haut que celui de la dette intérieure, composée surtout d’engagemens antérieurs non acquittés et consolidés, représentant plutôt des combinaisons de papiers que des versemens sérieux de numéraire. Le gouvernement du roi Amédée débuta, comme tous les gouvernemens nouveaux, par un emprunt, et avant la fin de 1868 deux émissions de rente extérieure, l’une de 322 millions en 3 pour 100 au prix en argent de 32 pour 100, et l’autre de 253 millions à 25 pour 100, vinrent grossir le capital dû d’une somme nominale de 575 millions qui n’en produisit que 167 effectifs. Jusqu’au moment où la dissolution violente des cortès, en détruisant le gouvernement d’une république en apparence légale, ne permit plus de faire sanctionner par le vote des représentans du pays de nouveaux recours au capital étranger, la dette extérieure fut encore accrue de 487 millions, obtenus par une souscription publique de 3 pour 100 à 30 francs, et de 916 millions émis à 27 francs 1/2 pour 3 francs de rente, sous le patronage de la compagnie française appelée la*Banque de Paris. En 1873, le total des émissions de la dette extérieure faites