Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/267

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qu’il avait à dos, s’il était vaincu dans la bataille défensive qu’il se préparait à livrer, ou si Jackson avait besoin de son secours. Vainqueur, il pouvait à son gré entrer en Pensylvanie ou rejeter Mac-Clellan sur le South-Mountain et Washington, Le 15, dans la matinée, il s’établissait dans cette excellente position. Cependant Mac-Clellan, déployant une grande activité, le suivait de très près. Une brillante escarmouche marqua l’entrée de sa cavalerie à Boonesboro. Il espérait pouvoir attaquer les confédérés dans cette même journée du 15, car il savait que Lee n’avait avec lui que D. H. Hill et Longstreet, et que le reste de son armée ne pouvait pas encore l’avoir rejoint ; mais il savait aussi, d’une manière presque certaine, que Harpers-Ferry venait de capituler, que par conséquent l’infatigable Jackson devait déjà être en marche pour rejoindre son chef : en effet, Franklin lui annonçait que ce jour-là à huit heures la canonnade autour de Harpers-Ferry avait subitement cessé, et que peu de temps après il avait rencontré dans Pleasant-Valley des forces ennemies très considérables. En présence de ces forces, il s’était arrêté, jugeant avec raison qu’il était trop tard pour tenter de délivrer les troupes de Miles et imprudent de s’aventurer plus loin de ce côté. Sur cette nouvelle, Mac-Clellan avait immédiatement rappelé à lui son lieutenant en lui indiquant la route de Brownsville, et la distance que celui-ci avait à parcourir permettait d’espérer qu’il aurait rallié le gros de l’armée avant que Jackson eût de son côté rejoint l’ennemi. Toutefois le mouvement de Lee sur Sharpsburg rendait la partie presque égale dans la course qui allait s’établir entre Jackson et Franklin, et la jonction de ces deux corps avec leurs armées respectives était le but de toutes les manœuvres qui devaient aboutir à une grande lutte sur les rives de l’Antietam. Lee le savait aussi bien que son adversaire : il attendait donc avec une vive impatience des nouvelles de Jackson. Enfin l’on apprit à Sharpsburg la capitulation de Harpers-Ferry et de ses 12,000 défenseurs ; l’armée confédérée vit dans ce succès la preuve de sa bonne fortune, et y puisa une nouvelle confiance dans sa supériorité sur des adversaires qui s’étaient si mollement défendus. Quant à son chef, il y vit avant tout la garantie de la prochaine arrivée de Jackson, sans laquelle il eût sans doute été obligé de repasser immédiatement le Potomac. Il lui envoya l’ordre de revenir en toute hâte, et Jackson, laissant à A. P. Hill le soin de faire exécuter la capitulation, partit le jour même avec ses deux autres divisions sous Lawton et Starke. Le reste des troupes qui avaient été réunies sous son commandement, les divisions Anderson, Mac-Law et Walker, devaient le suivre et le rejoindre le plus tôt possible à Sharpsburg. Pénétré de la nécessité de renforcer promptement le