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suivie d’une pareille queue ; cependant Lee, à cet égard, avait en Virginie un immense avantage sur Mac-Clellan. Tandis que ce dernier voyait ses traînards repoussés partout, traqués, enlevés par les partisans et parfois même traîtreusement assassinés, ceux de l’armée confédérée trouvaient à chaque pas l’abri, la nourriture, les soins, les encouragemens, qui leur rendaient des forces. Leur uniforme était un passeport qui leur assurait les sympathies de tous les habitans et les moyens de rejoindre leur corps. Aussi les vit-on bientôt se presser en foule au bord du Potomac ; ce ne fut que pour apprendre l’entrée de leurs camarades dans le Maryland. Ils ne pouvaient les y suivre, car le fleuve était pour eux un obstacle insurmontable ; l’armée confédérée avait disparu de l’autre côté, et les avant-postes fédéraux avaient repris possession de la rive opposée, qu’ils gardaient avec soin. Mais Lee leur avait laissé, dans toutes les habitations voisines du lieu où il avait passé, un mot d’ordre qui leur prescrivait de se rassembler à Winchester, dont il voulait faire sa base d’opérations. Pendant quelques jours, les défilés du Blue-Ridge furent tous remplis de ces hommes, au nombre de 20,000 ou 30,000, dit-on, qui gagnaient péniblement le rendez-vous qui leur avait été assigné. Le bruit du canon de Harpers-Ferry, répété au loin par l’écho dans les gorges profondes des Alléghanies, hâtait leur allure incertaine, car, si leur troupe ne formait plus une armée, elle comptait encore beaucoup de vaillans soldats. Cependant ils étaient perdus pour Lee tant que la campagne se ferait dans le Maryland. A leur nombre, il fallait ajouter celui des tués, des blessés, des malades, si bien que l’armée confédérée, réduite de moitié lorsqu’elle passa le Potomac, avait alors moins de 40,000 combattans [1]. Enfin les longues marches, les fréquentes privations avaient affaibli ces combattans eux-mêmes : par suite de l’insuffisance des moyens de transport, du peu de ressources que les états du sud pouvaient leur faire parvenir, et du système défectueux de l’administration militaire, ils manquaient à la fois de vivres et de munitions. Ces dernières surtout, qu’il fallait faire venir de Richmond sans le secours d’une voie ferrée, étaient devenues d’un prix inestimable pour Lee, et la rareté des munitions pouvait suffire à entraver tous ses mouvemens.

Il résolut néanmoins d’accepter le combat sur le territoire qu’il avait envahi. Les motifs politiques qui avaient commandé cette invasion ne permettaient pas d’y renoncer avant d’avoir tenté une fois la fortune des armes. D’ailleurs la position avantageuse que

  1. Le général Lee, dans son rapport, donne le chiffre de 33,000 ; mais d’autres documens permettent de croire que, selon l’habitude des confédérés, le chiffre qu’il indique est inférieur à la vérité.