Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/282

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Mais Richardson ne saurait poursuivre tout seul son avantage. A droite, la division Sedgwick est confondue avec les débris des corps de Hooker et de Mansfîeld. French est arrêté par les batteries ennemies, qui, placées près de Dunker-Church, le prennent d’enfilade toutes les fois qu’il veut s’avancer. Porter reste en réserve au moment où il aurait fallu qu’il vînt prendre à revers les troupes opposées à Burnside. Enfin ce dernier n’est pas encore sorti de sa funeste immobilité. Toutefois un renfort opportun arrive aux fédéraux ; c’est Franklin avec les deux divisions du 6e corps. Dès dix heures du matin, ses têtes de colonne avaient paru sur les rives de l’Antietam. Mac-Clellan l’avait bien tôt envoyé au secours de la droite, et vers midi et demi il entrait en ligne.

Voici quelle était alors la situation des fédéraux. Six divisions, comptant le matin 31,000 hommes, avaient tellement souffert, qu’elles ne pouvaient reprendre la lutte. Le combat n’était soutenu que par deux divisions et l’artillerie de Pleasonton, environ 13,000 hommes et vingt bouches à feu. Enfin huit divisions, fortes le matin de 39,000 hommes, étaient sous les armes près du champ de bataille, et, sauf quelques régimens engagés par Burnside près du pont, n’avaient pas encore brûlé une amorce.

De son côté, Lee avait vu les deux divisions de Jackson et celle de Hood décimées et désorganisées ; elles ne pouvaient, pas plus que leurs adversaires, reprendre l’offensive. Mac-Laws et Walker avaient fait à leur tour des pertes énormes dans la fatale clairière : ils étaient épuisés. Après une lutte prolongée, D. H. Hill avait été rejeté en désordre au-delà de la maison Piper, R. H. Anderson n’avait pu entamer French et avait été obligé de se replier devant le feu bien nourri de l’artillerie de Pleasonton. Longstreet avait déployé les quatre brigades qui lui restaient pour couvrir toute la droite confédérée, et il ne pouvait opposer plus de 2,000 hommes à Burnside. Lee n’avait donc pas un seul combattant disponible, pas un bataillon en réserve, et, loin de pouvoir profiter de l’épuisement de quelques divisions fédérales pour enfoncer la ligne ennemie, il avait la plus grande peine à maintenir la sienne. Aussi, pour la resserrer, avait-il abandonné le terrain si chaudement disputé dans la matinée : son aile gauche avait quitté Dunker-Church, dont une brigade de Smith, envoyée de ce côté par Franklin, s’empara sans combat. La brigade de droite de la même division était venue tirer d’affaire une batterie qui se trouvait fort aventurée sur la route d’Hagerstown : la troisième à gauche avait porté secours à French, qui manquait de munitions. Poussant en avant, Smith rencontre enfin les soldats de Mac-Laws dans les bois qui avoisinent Dunker-Church, et les premières troupes qu’il envoie pour les déloger sont repoussées. Franklin, jugeant alors qu’un grand coup peut et doit être porté de ce