Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/373

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— Vous ne reviendrez plus ?… — Les yeux d'Hélène se gonflèrent de larmes. — Vous ne le voulez pas ?… demanda-t-elle après une pause.

— Je ne le puis.

— Eh bien ! partez ! partez sur l'heure, s'écria la jeune fille en se levant par un mouvement brusque de fierté offensée.

— Non pas ainsi, mademoiselle, je n'ai pas mérité cela.

— Que demandez-vous donc ?

— Votre pitié.

Hélène le regarda avec une expression des plus encourageantes.

— Je suis amoureux.

— Amoureux ? — Elle pâlit à ce mot, puis le sang lui empourpra les joues.

— Je suis amoureux d'une femme que je ne pourrai jamais nommer mienne.

— Elle est mariée ?

— Non, mais c'est l'unique héritière d'une riche maison ; vous comprendrez donc que j'aime sans espoir.

— Pourquoi sans espoir ? demanda Hélène rassurée.

— Parce que l'honneur l'exige. Je ne mettrai plus le pied dans la maison.

— Chez nous ?

— Oui, chez vous, s'écria Valérien, car vous êtes celle que j'adore et devant qui je plie les genoux…

Au moment même entra Mme de Festenburg, qui venait s'informer de la santé du maître d'italien. Derrière elle marchaient son mari et Weinreb : — Je vous le dis, glapissait ce dernier, et je le dis devant mademoiselle, il n'y a pas de meilleur parti dans tous les environs que M. Valérien Kochanski de Baratine, un propriétaire sans égal, un noble cavalier, la perfection sur terre enfin… Je voudrais qu'il pût m'entendre, l'excellent seigneur. Hélène jeta au Juif un coup d'œil dédaigneux.

— Ne me parlez pas de votre Kochanski, dit la mère, sa conduite est connue, je désire qu'on ne nomme jamais un pareil roué devant moi.

— Ni devant moi non plus, insista Hélène.

Le Juif haussa les épaules.

Quand Valérien fut près de prendre congé ce soir-là, Mlle de Festenburg disparut du salon. Il se sentit tout oppressé d'inquiétude :

— Sans doute j'ai été trop vite, elle m'en veut et ne me permet pas même de lui dire adieu. — De très mauvaise humeur, il monta dans le traîneau de Weinreb ; au premier claquement de fouet, les petits chevaux dévorèrent à toute vitesse la vaste étendue de neige. Deux cents pas plus loin, il y avait un bouquet de bouleaux ; entre