Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/439

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de 356. Le nombre total des « citoyens académiques » étant de 1,500 à 1,600, le temps moyen des études est d’environ cinq ans. A Lund, les étudians ne sont pas plus de 500 à 600. L’admission des femmes à l’université, tolérée depuis longtemps surtout dans la faculté de médecine, a été autorisée en 1873 de la manière la plus libérale dans toutes les facultés.

Au moyen âge, les étudians faisaient volontiers bande à part. A Paris surtout, peu mêlés au reste de la population, ils étaient souvent en rixe avec elle : que de fois ne voit-on pas dans notre histoire des luttes entre les escholiers et les Parisiens ensanglanter la capitale ! Dès le XIIIe siècle, la reine Blanche était obligée de sévir contre ces artiens belliqueux et vagabonds, dont parle le vieux Rutebœuf, qui

Au lieu de haires, hauberts vestent
Et boivent tant qu’ils s’entestent.

Les étudians vivaient alors en communauté dans les collèges. Cependant cette réclusion ne leur était pas imposée : ceux qu’on appelait les galoches ou les martinets étaient libres et vivaient à leur guise ; mais ils ne furent jamais qu’à l’état d’exception. Les collèges, dont le nombre alla jusqu’à 29 au XVIIIe siècle et dont plusieurs ont survécu aux grandes percées qui ont transformé la montagne Sainte-Geneviève, les collèges avaient été fondés, pour la plupart, par les générosités des particuliers ou des villes : ils s’ouvraient en général aux jeunes gens de la même province ; plusieurs avaient des ressources suffisantes pour offrir une hospitalité absolument gratuite. Groupés en outre suivant leur origine, les étudians formaient les quatre nations de France, Angleterre, Normandie et Picardie. A la suite de la guerre de cent ans, pendant laquelle le rôle de l’université de Paris ne fut pas toujours irréprochable, la nation d’Angleterre prit le nom de nation d’Allemagne. Les procureurs des nations se joignaient aux doyens des facultés pour représenter l’université dans les cérémonies officielles.

Il est curieux et intéressant de rechercher dans les pays étrangers ce que sont devenues les institutions empruntées jadis à la France : l’on y voit à quoi elles auraient abouti chez nous, si les bouleversemens, si fréquens dans le cours de notre histoire, n’en avaient entravé ou arrêté le développement régulier. La tradition de la vie en commun s’est perpétuée chez les étudians anglais jusqu’à nos jours ; mais entre les anciens collèges de Paris, tristes maisons d’aspect monacal, et les splendides palais d’Oxford et de Cambridge, il n’y a pas une moindre distance qu’entre le pauvre artien, qui suivait les leçons de la rue de Fouarre assis sur une botte