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des respects affectueux que n’effleura jamais un soupçon de galanterie. Dans sa manière de tenir une cour, elle lui rappelait sa mère Anne d’Autriche. Vraiment reine, elle inspirait une secrète envie à Mme de Maintenon. A travers toutes les formes de l’éloge, les lettres de la parvenue contiennent une pointe d’aigreur contre l’infortunée à laquelle elle enviait d’être reine, bien que détrônée.

La destinée n’eut pour Marie qu’une seule consolation : il lui naquit une fille, réponse à toutes les calomnies qui avaient entouré le berceau de son fils. Son existence était d’une monotonie désespérante. La plus rigoureuse étiquette se maintenait à cette petite cour, remplie d’intrigans et d’indigens. Jacques II touchait les écrouelles, se nommait encore roi d’Angleterre, d’Ecosse, d’Irlande et de France, sans que les insinuations du véritable roi de France, son bienfaiteur, réussissent à lui faire abandonner l’insolence de ce dernier titre. Il eut toujours foi dans une restauration. Tant que vécut Louvois, cette folle pensée n’égara que la petite coterie qui entourait le roi exilé ; mais, après la mort du grand homme d’état, Louis XIV céda aux instances du parti de Saint-Germain : déplorable entreprise dont l’issue était écrite d’avance ! Avant le départ de l’expédition, Jacques lança une proclamation qui agit aussi efficacement pour la cause de Guillaume d’Orange qu’auraient pu le faire la meilleure flotte, la plus puissante armée.

Le roi légitime déclarait qu’il n’avait commis aucune faute. Toutes les accusations portées contre lui étaient des calomnies de méchans, acceptées par les hommes faibles. Il s’étendait longuement sur ses droits héréditaires ; toute atteinte à ces droits était prononcée criminelle. Il ne donnait aucune promesse de laisser aux dissidens la liberté de leur culte. Au lieu d’offrir à son peuple des gages de clémence, il publiait une longue liste de proscriptions, menaçant des peines les plus sévères tous ceux qui ne se déclareraient pas immédiatement en sa faveur. Les marins anglais conservaient beaucoup de sympathies à leur ancien chef, le duc d’York, devenu Jacques II, plusieurs des amiraux appelés à commander la flotte étaient pleins de défiance envers le nouveau gouvernement ; mais, dès que la déclaration de Jacques II fut connue, elle mit fin à toute hésitation de leur part, ils se préparèrent au combat avec l’intention de vaincre ou de mourir. Malgré l’incontestable bravoure de la flotte française, Jacques put voir au combat de La Hogue les vaisseaux incendiés qui portaient ses troupes sauter en l’air ou se laisser échouer dans les ports.

Ce malheur, à tant d’égards mérité, n’ébranla pas la générosité de Louis XIV. Après sa défaite, Jacques rentra à Saint-Germain et y vécut encore neuf années de la vie d’un saint personnage. Il avait toujours souhaité mourir un vendredi ; ce vœu-là fut exaucé. Le