Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/492

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Sa fille l’y avait précédée. La révolution a fait disparaître leurs tombes, sans qu’il en reste aucune trace. Le tombeau de Jacques II est à Saint-Germain, où la reine Victoria est allée le visiter pendant son séjour à Paris en 1855.


II

A la mort de Jacques II, Louis XIV avait immédiatement reconnu son fils roi de Grande-Bretagne et d’Irlande. Le jeune prétendant servit de bonne heure dans les armées françaises ; il s’y montra convenable, sans déployer de grands talens. Les princes français le trouvaient prodigieusement ennuyeux et taciturne, et le traitaient assez cavalièrement. Une des stipulations de la paix d’Utrecht fut l’expulsion du prétendant, qui prit alors le nom de chevalier de Saint-George, et alla porter à Bar en Lorraine ses prétentions et ses espérances.

Les chances de la restauration étaient encore considérables. La reine Anne d’Angleterre, cette fille de Jacques, à laquelle le roi expirant adressait un dernier message, avait vu mourir successivement ses onze enfans, sur lesquels semblait peser une sorte de malédiction. L’héritière que le parlement de la Grande-Bretagne lui avait désignée était la princesse Sophie, électrice de Hanovre, nièce du roi Charles Ier par sa mère, Elisabeth Stuart. Anne la détestait. Jamais elle ne voulut la recevoir, ni elle, ni son fils, le prince George ; jamais elle ne voulut leur permettre de venir en Angleterre. Une sorte d’instinct lui faisait préférer le frère proscrit qu’elle n’osait reconnaître, mais vers lequel une affection confuse la poussait.

Pendant la session du parlement britannique de 1713, la chambre des lords voulut exiger du duc de Lorraine l’expulsion du prétendant. Ce fut le ministre de la reine, lord Bolingbroke, qui traîna l’affaire en longueur, et qui fit secrètement insinuer au duc de Lorraine comment il serait possible d’éluder cette exigence. Lord Bolingbroke était en rapports constans avec le chevalier de Saint-George. Il lui conseillait, avant tout, d’imiter l’exemple de Henri IV, de changer de religion pour recouvrer sa couronne. La réponse du prince fut noble et digne. Il refusa de charger sa conscience d’une apostasie ; mais il promit de respecter les libertés religieuses de ses sujets ; il finissait en disant que sa fermeté devait être le gage de sa sincérité. Les partisans de la succession protestant, reconnaissant le danger, redoublèrent d’efforts. Par un revirement soudain, lord Bolingbroke fut disgracié. Cet esprit subtil, élégant, ce brillant orateur, manquait absolument de sens moral. Il avait cependant le courage de ses vices. A force de tout analyser, ces caractères-là ne savent rien créer. Tout était disposé, rien n’était achevé pour