Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/575

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compensation, nous avons rencontré un sleeping car ou wagon-dortoir, et nous avons reposé dans un bon lit. Le matin, nous avons trouvé tout ce qu’il faut pour la toilette, et le gardien vigilant de notre maison roulante, un nègre en uniforme, à cheval sur la consigne, a consciencieusement ciré nos chaussures et battu nos habits. Moyennant la modique somme de 2 dollars, nous avons pu nous donner tout ce confort. Le jour, nous avons gardé notre compartiment. Le nègre a défait la literie, qu’il a cachée dans la partie supérieure de la voiture, dans une sorte d’armoire à porte basculante, et nous nous sommes assis sur de bons sièges. Un homme est dans le train qui nous vend des fruits, des livres, des journaux. Nous avons une fontaine d’eau glacée, et, dans un coin de notre voiture, l’indispensable cabinet qu’on devine. La compagnie est peu nombreuse, mais choisie : des dames respectables, des jeunes filles pas trop évaporées, des hommes d’affaires de Boston, deux Yankees aux allures câlines, réservées, qui viennent faire une tournée d’inspection sur les mines du Lac-Supérieur, où ils sont intéressés. Peu à peu la conversation s’engage, et ils me racontent les diverses phases de la colonisation de cette intéressante contrée, qu’ils ont vue naître il y a vingt-cinq ans.

La station où le train nous a déposés, Marquette, est pendant l’été un lieu de villégiature choisi par ceux que la chaleur éloigne des grandes villes et qui recherchent la fraîcheur des lacs. Nous trouvons beaucoup de monde à l’hôtel où nous sommes descendus, un monde élégant et poli, et cela durera jusqu’en septembre, où le froid chassera tout à coup ces touristes, que les chaleurs amènent en juin. La pêche, des parties sur le lac, des promenades à cheval, une visite aux mines et aux localités curieuses du voisinage, occupent les loisirs de ces riches désœuvrés. Ils passent une partie de leur temps, assis sous les pins qui entourent l’hôtel, à regarder l’immense nappe d’eau douce qui s’étend devant eux.

Marquette est plus connue encore comme ville industrielle que comme station d’été. Elle est surtout célèbre par ses mines de fer, dont la découverte ne date que d’une trentaine d’années, et qui produisent déjà à elles seules cinq fois plus que les fameuses mines italiennes de l’île d’Elbe, exploitées de temps immémorial. En 1873, la production, qui est allée sans cesse en croissant, atteignait 1 million de tonnes à Marquette, c’est-à-dire qu’on aurait pu en charger mille navires du port de 1,000 tonneaux chacun. Elle a peut-être un peu diminué en 1874 à cause de la crise financière et industrielle qui a régné alors sur tous les États-Unis et notablement frappé l’industrie métallurgique ; mais les mines de Marquette ne tarderont pas à reprendre tout leur essor. Les gîtes s’étendent jusqu’à l’Anse, de l’est à l’ouest. Plus au sud, dans les forêts de pins