Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/582

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Il faut s’arrêter un instant sur cette mine, qui est la plus productive de toutes celles qu’on ait jamais exploitées. Ouverte à peine, elle laisse déjà bien loin derrière elle les plus fameuses mines de cuivre du globe, celles du Chili, de la Bolivie, de l’Australie, et jusqu’aux fameuses mines de Monte-Catini en Toscane, qui ont donné pendant longtemps plus de 1 million par an de-bénéfice net à leurs trois heureux propriétaires. Calumet fournit à lui seul les deux tiers de toute la production des mines du Lac-Supérieur. A côté est Osceola, une mine que nous avons aussi visitée, où sont déjà des excavations cyclopéennes. Les vides énormes sont soutenus par de gros troncs d’arbres, des cèdres et des sapins, qu’on y descend tout entiers. La boue noire qui recouvré les parois empêche de distinguer le cuivre à la lueur blafarde des lumières ; mais les petits cristaux métalliques aigus qui se détachent en divers points de la roche sont sensibles à la main, sur laquelle ils produisent l’impression d’une série de pointes effilées, et c’est ainsi que le sens du toucher arrive à remplacer celui de la vue.

Je ne rencontrais à Calumet qu’une assez pauvre auberge ; mais on pouvait décemment y descendre. Les élèves de l’école industrielle de Boston, en tournée géologique avec leur professeur, venaient de quitter la maison. Un des administrateurs des mines voisines y avait séjourné lui-même deux ans auparavant, et je trouvai quelques-uns de ses livres, empilés sur une tablette, dans la chambre qu’on me donna. Il avait laissé là ces fidèles compagnons de ses heures de loisir, espérant venir les rejoindre. Comme j’arrivais, un Canadien était installé à la buvette. Il vint à moi, m’accosta familièrement dans un français de fantaisie. Ce visiteur sans gêne se disait déjà mon compatriote. Je lui demandai ce qui l’avait amené : « Je suis spéculateur et agent de lois, me répondit-il du ton le plus dégagé, comme un autre aurait dit : négociant ou ingénieur. J’étudie le prix des terrains, je redresse les limites des concessions, je relève les erreurs du cadastre, et il y en a. » Je le retrouvai quelque temps après sur le railroad qui va de l’Anse à Marquette. Il descendit sur la principale mine, et s’apprêtait à recommencer sur ce point les hauts faits qui l’avaient illustré à Calumet. Le Lac-Supérieur nourrit bon nombre de ces aventuriers.

Le chemin de fer qui part d’Hancock sur la rive gauche du Portage ne va pas encore jusqu’à l’extrémité nord de la péninsule de Keweenaw. Il s’arrête à Calumet. Je voulais pousser plus loin. Une méchante carriole découverte, aux bancs de bois, et qui porte les lettres, va de Calumet à Eagle-River, et de là le lendemain à Copper-Harbor. Ce véhicule ne me tentait guère. Le patron de l’hôtel me proposa son buggy pour la somme de 16 dollars. Il m’en avait coûté moitié moins pour venir de Chicago à Marquette ; mais