Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/630

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gouvernemens. Deux choses donnent à cette secte née d’hier un intérêt particulier, c’est peut-être la première qui ne soit pas sortie d’une population grande-russienne et peut-être la seule qui soit directement issue du protestantisme occidental. C’est aux environs d’Odessa, dans la Nouvelle-Russie, région où sont établies plusieurs colonies allemandes luthériennes ou memnonites, que se sont d’abord montrés ces stundistes. Leur nom comme leurs doctrines viennent de ces colonistes allemands. Il y avait parmi ces derniers des hommes, prenant le titre d’amis de Dieu (Gottesfreunde), qui se réunissaient pour lire en commun la Bible pendant les heures (stunden) de repos, d’où leur était venu le surnom de stundistes. Au lieu de se borner à leurs compatriotes ou coreligionnaires, ces amis de Dieu auraient cherché à répandre leurs maximes parmi les chrétiens de toute confession. Un jour, en 1869 ou 1870, on fut tout surpris de trouver des stundistes petits-russiens ; plusieurs personnes virent là une intrigue étrangère. La chose était d’autant plus remarquable en effet que les Petits-Russiens avaient jusque-là montré peu de penchant aux sectes et que les nombreuses colonies allemandes campées sur le sol russe étaient d’ordinaire restées sans rapport avec la population indigène ou sans influence sur elle.

Du district d’Odessa et du gouvernement de Kherson, les stundistes ont passé dans les gouvernemens d’Ékaterinoslaf et de Kief. Leur doctrine est un protestantisme réformé, peut-être simplifié encore par les prosélytes russes. Ils admettent un second baptême pour les adultes et quelques autres usages qui les rapprochent des anabaptistes et des memnonites allemands colonisés dans le voisinage. Le mépris des formes extérieures est le principal trait de leur religion ; ils repoussent les jeûnes, les images, le culte des saints et tous les rites de l’église orthodoxe. Voici comment la secte se manifesta, il y a deux ou trois ans, dans un village du gouvernement de Kief. Les paysans rassemblèrent leurs images, ces ikônes qui dans toute maison russe ont une place d’honneur et reçoivent toujours le premier salut des visiteurs, ils les prirent et s’en allèrent en commun les porter au prêtre en lui disant : « Nous n’avons pas besoin de ces images, nous n’en tirons aucun avantage, et elles prennent une place inutile dans nos cabanes, où nous sommes déjà à l’étroit [1]. » C’est moins, semble-t-il, les scrupules religieux ou le fanatisme que l’indifférence, l’esprit de calcul et d’économie qui inspirent les stundistes, ce n’est pas comme des pratiques impies et idolâtres, c’est comme des usages inutiles, comme un travail sans

  1. Voyez le Vpered, recueil russe révolutionnaire paraissant en Suisse, année 1873, 2e partie, p. 20-24.