Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/762

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nationale, et affirma aimer mieux être placé « en face des balles coniques que des discours pointus » (lieber spitzkugeln als spitze reden) ; la chambre de Berlin exprima avec passion les doléances du pays, et M. de Vincke termina une philippique des plus véhémentes par les mots : « à bas le ministère ! » Un seul orateur osa prendre la défense du ministre et faire à un pareil moment l’apothéose de l’Autriche. Déjà l’année précédente M. de Bismarck avait envié pour son pays le rôle de l’empereur Nicolas en Hongrie ; depuis lors il n’avait négligé aucune occasion de venger l’empire des Habsbourg des injures que lui adressait le libéralisme allemand, et il demeura fidèle à cette politique jusque dans des circonstances aussi extraordinaires et au milieu des clameurs indescriptibles de l’assemblée. Il maintint qu’il n’y avait pas en Allemagne de fédération possible et légitime en dehors de l’Autriche. Un des plus grands griefs des Teutons contre l’Autriche a été de tout temps de ne pas former un état purement allemand, de receler dans son sein des populations différentes et d’une race « inférieure : » c’était là le principal argument du parlement de Francfort en faveur de la constitution d’une Allemagne en dehors de l’empire des Habsbourg, et M. de Bismarck ne s’est pas fait faute de le reproduire en 1866 dans une circulaire mémorable. En 1850, le député de la Marche ne partageait pas cette opinion ; il était convaincu que « l’Autriche était une puissance allemande dans toute la force du terme, bien qu’elle eût le bonheur d’exercer aussi sa domination sur des nationalités étrangères, » et il concluait hardiment que « la Prusse devait se subordonner à l’Autriche afin de combattre de conserve avec elle la démocratie menaçante… » Certes en remémorant cette séance de la chambre prussienne du 3 décembre 1850, on peut, pour parler avec Montesquieu, se donner le spectacle des vicissitudes étonnantes de l’histoire ; mais l’ironie du sort commence à prendre des proportions vraiment fantastiques alors qu’on veut bien songer que ce fut précisément ce discours du 3 décembre 1850 qui décida de la vocation de M. de Bismarck et lui ouvrit la carrière des affaires étrangères. Forcé de consentir à la restauration du Bund et résigné à la prépondérance de l’empire des Habsbourg, le gouvernement prussien crut en effet ne pouvoir donner de meilleurs gages de ses dispositions qu’en nommant son plénipotentiaire auprès de la confédération germanique l’orateur fougueux dont le dévoûment à la causé des Habsbourg a su résister même à l’épreuve de l’humiliation d’Olmutz, et c’est comme le partisan le plus décidé de l’Autriche que le futur vainqueur de Sadowa fit son entrée dans l’arène de la diplomatie ! ..

La chambre fut prorogée à la suite de cette discussion orageuse. La rupture avec le parti national était consommée, et M. de