Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/887

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encore il y eut longtemps des tâtonnemens et des erreurs. En certaines villes, on crut bien faire en donnant à l’enseignement un caractère professionnel. On installait dans l’école des ateliers de menuiserie, de serrurerie, de cartonnage ; ailleurs on apprenait le commerce ou la banque. Les écoles professionnelles de ce genre ont certes leur utilité, et il s’en fonde encore tous les jours en Allemagne (gewerbe-schulen) ; mais l’expérience montra que le but n’était point placé assez haut, et qu’une partie moyenne de la population restait toujours sans l’instruction qui lui convenait.

Celui qui, après les hommes que nous avons nommés, a le plus fait pour l’organisation de la realschule, est un philologue, A. G. Spilleke. Élève du célèbre helléniste Wolf, il professa d’abord dans différens gymnases de Berlin, où il se fit remarquer par ses aptitudes didactiques. En 1821, il fut nommé à la direction de l’école fondée autrefois par Hecker. Il comprit que le nouvel enseignement ne devait rien avoir de professionnel, mais qu’il devait conduire les jeunes gens depuis les premiers élémens jusqu’à un assez notable degré de culture scientifique. Sous sa direction, la realschule royale de Berlin se débarrassa en grande partie de l’appareil technique dont son fondateur l’avait encombrée, et devint un établissement d’instruction générale [1].

C’est ainsi que des expériences multipliées et l’initiative des directeurs, qu’aucun règlement trop étroit n’enchaînait, firent peu à peu entrer la realschule dans sa véritable voie. L’opinion qui prévalut et qui aujourd’hui règne à peu près sans partage en Allemagne, c’est que la realschule, pour occuper à côté du gymnase une place incontestée et respectée, doit être une institution à la fois scientifique et littéraire, sans aucune vue d’utilité immédiate, — qu’elle doit être non l’antithèse du gymnase, mais un gymnase mitigé, où les connaissances historiques et littéraires tiennent encore une belle place, tout en laissant du champ aux mathématiques, à l’histoire naturelle, à la physique et à la chimie. Elle doit avoir le même nombre de classes que le gymnase, mais en disposant les matières de façon à pouvoir au besoin congédier une partie des élèves avant la fin ; dans les hautes classes, elle doit dépasser le gymnase sur le terrain des études scientifiques, mais renoncer à lutter avec lui sur celui des études littéraires. Enfin, comme la différence essentielle entre les deux établissemens se trouve dans ce fait que les élèves du gymnase, leurs classes finies, continuent à l’université leur éducation, et que la plupart des autres, en sortant

  1. Cette école, à laquelle est aujourd’hui adjoint un gymnase, et qui reçoit 1,400 élèves, est dirigée depuis 1842 par M. Ferdinand Ranke, le frère du célèbre historien.