Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/891

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Tel est en peu de mots l’histoire de la realschule. On voit que, comme toutes les institutions qui sont amenées par des besoins nouveaux, elle n’a pas cessé de gagner et de s’étendre. Les gouvernemens furent à l’origine pour peu de chose dans le développement de ces écoles ; mais l’état intervint au moment opportun pour donner à l’enseignement nouveau, sorti de l’initiative des villes, des garanties et des droits. Entrons maintenant dans un de ces établissemens et voyons les études qui s’y font.


II

La plus grande difficulté que la realschule ait eu à vaincre ne lui est pas venue du dehors : elle résidait dans son propre enseignement, qu’il n’était pas facile de constituer et de limiter. L’instruction qu’on appelle classique est au fond assez simple : l’étude du latin et du grec en forme la substance, à laquelle s’ajoutent l’étude de la langue maternelle, l’histoire et la géographie, et que viennent compléter, comme exercice logique, les mathématiques. Une longue tradition maintient et consacre ce programme ; mais il n’en était pas de même pour le nouvel enseignement : le désir de la nouveauté tendait à l’éloigner des anciennes voies, des nécessités de toute sorte l’y ramenaient malgré lui. Il a fallu quarante ans pour établir quelques principes, et la discussion est loin d’être close.

La première question qui se posait était celle du latin. Fallait-il le rayer du programme des études ou le maintenir soit à titre facultatif, soit comme matière obligatoire ? La pratique des états de l’Allemagne était fort différente à cet égard. Dans le sud, en Wurtemberg, dans la Hesse, dans le grand-duché de Bade, en Bavière, le latin avait été exclu de la realschule ; au contraire en Prusse beaucoup d’établissemens l’admettaient. Cette question du latin à la realschule alimente les discussions pédagogiques depuis cinquante ans. Le lecteur français se figurera aisément les argumens qui sont échangés de part et d’autre ; la même polémique a été engagée chez nous, quoique souvent d’une façon très déplacée et sur un terrain qui ne la comportait pas, car, en retirant au lycée le latin, on lui enlèverait son caractère propre.

Sans entrer dans ce débat, disons que la Prusse en 1859 a donné jusqu’à un certain point gain de cause aux partisans du latin en exigeant l’enseignement de la langue latine dans les établissemens qui veulent avoir le titre de realschule de premier ordre. Devant cette décision, les directeurs, convaincus ou non, durent s’incliner. On installa partout des classes de latin, au moins à titre facultatif,