Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/893

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exactement dans les mêmes termes : le latin est plus nécessaire à l’écolier français, s’il veut entrer un peu profondément dans l’histoire de sa langue, de son droit, de sa religion, de sa littérature.

Nous passons maintenant aux autres branches d’enseignement. D’abord l’allemand : on y consacre en général plus de temps que dans les gymnases. Aussi les élèves de la realschule arrivent-ils à composer des devoirs qui supportent la comparaison avec les travaux analogues de leurs camarades du collège latin. Le même fait se produit dans les écoles supérieures de jeunes filles. Cela ne veut pas dire que ces compositions soient brillantes : la clarté dans la distribution du sujet, la netteté dans les idées, l’abondance et le choix judicieux des exemples, une certaine force de dialectique, sont les qualités qu’on s’attache surtout à obtenir ; j’ai, entre les mains un assez grand nombre de ces devoirs. Ce sont tantôt des explications de proverbes : « il ne faut pas dire heureux jour avant le soir, » — audaces fortuna juvat, ou des récits qui se rapportent aux auteurs expliqués en classe et au cours d’histoire : « la guerre de César en Espagne, — Rodolphe de Habsbourg, » — ou bien encore des analyses de drames : Guillaume Tell, Emilia Galotti, Macbeth. Ces devoirs sont en général plus étendus que ceux qu’on demande en France aux écoliers. On donne plus de temps à l’élève pour les composer et on exige qu’il y fasse entrer le produit de ses lectures et de ses réflexions. Un écolier de troisième répond d’une manière sensée à cette question : « que devons-nous au moyen âge ? » Il énumère successivement, avec des exemples à l’appui, l’architecture gothique, la musique, la division de l’Europe en plusieurs états, la liberté politique. Un autre devoir a pour sujet : « avantages et inconvéniens de la position insulaire de l’Angleterre. » Les élèves vantent le climat, l’étendue des côtes, le nombre des marins, l’esprit d’entreprise ; mais les Anglais ont le tort de trop négliger leur armée de terre. Un autre compare les caractères de Terzky et d’Illo dans le drame de Wallenstein, et montre comment ces deux personnages se distinguent dans la manifestation d’idées et de passions semblables. On constate en général dans l’expression une certaine vulgarité qui n’exclut pas l’érudition littéraire. Il ne faudrait pas trop se presser de mettre ce caractère au compte de la realschule, car on le retrouve dans les compositions des gymnases. Même à la realschule, on donne à l’allemand sa base historique en faisant dans les classes supérieures des leçons sur le moyen et sur le vieux haut-allemand, avec des notions d’histoire littéraire, depuis Ulfilas jusqu’à nos jours. Le personnel des professeurs, composé en partie de philologues germanistes, est spécialement préparé à ce genre de leçons. Une opinion que j’ai entendu