Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 9.djvu/94

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du Béni et de 28 jusqu’à celui du Mamoré, qui est à 132 mètres au-dessus de Serpa, le point de départ. La hauteur totale des rapides, représentée par dix-huit grandes chutes et vingt-huit petites, atteint 70 mètres, répartis sur une longueur de 20 kilomètres. La hauteur des eaux, pour le Madeira, varie suivant les places et les saisons entre 1 et 37 mètres, la largeur entre 400 et 2,000 mètres, le volume d’eau entre 1,500 et 39,000 mètres cubes par seconde. Le volume du Rhin, pour prendre un terme de comparaison en Europe, varie à Mannheim par exemple entre 555 et 5,550 mètres cubes. Les travaux à faire pour assurer la facilité des communications avec l’Amazone offriraient d’énormes difficultés, si l’on entreprenait de rectifier toutes les passes du fleuve par une canalisation régulière avec écluses ; les frais les plus indispensables ne se monteraient pas à moins de 21 millions de milreis ou 54 millions de francs. Se borner d’autre part à établir aux plus grands rapides, pour le hissage des embarcations, des plans inclinés comme il en existe sur quelques rivières des États-Unis d’Amérique, ce serait faire une œuvre insignifiante, absolument naine et sans proportion avec les développemens probables et désirés du futur trafic. Il n’y a que la construction du chemin de fer latéral qui puisse répondre aux nécessités mercantiles de l’avenir et satisfaire les légitimes impatiences qui piaffent déjà aux deux bouts de la route. Cette voie ferrée, d’une longueur abrégée de 300 kilomètres environ, ne coûtera pas plus de 8,500,000 milreis, soit 22,100,000 francs, et ce devis total serait infiniment moindre, n’était la nécessité d’importer de fort loin dans ces parages extrêmes et faiblement peuplés tous les objets nécessaires au travail et aux travailleurs, le bois seul excepté. Tel est l’effort de labeur par lequel on pourra relier au port de Para le vaste bassin occidental du Brésil ; tel est le levier de l’entreprise dont nous venons d’indiquer le dessin ; il reste à voir si à ce levier correspondra un point d’appui suffisant.


II

A industria do Amazonas é quasi toda extractiva, disent les Brésiliens, ce qui signifie que cette industrie repose presque exclusivement sur une espèce de spoliation du pays ; l’œuvre de l’homme n’y a qu’une très faible part, tout vient de l’apport exubérant de la nature, qui ne se lasse pas de fournir ses trésors sans cesse renouvelés. Encore cette fécondité merveilleuse n’a-t-elle pas trouvé jusqu’ici l’écoulement normal dont elle aurait besoin ; la région presque vierge que doivent bientôt parcourir les locomotives n’a jamais connu de trafic suivi et régulier. Avant que la vapeur n’eût sillonné les vagues jaunâtres de l’Amazone, c’est à peine si quelques