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l’Union une série de lectures ou de conférences sur l’une des branches les plus intéressantes des sciences physiques. Le sujet sur lequel s’arrêta le choix du célèbre professeur fut la lumière. Ces leçons publiques eurent un très grand et très légitime succès, où la franchise avec laquelle M. Tyndall disait en passant certaines vérités à ses auditeurs américains était peut-être pour quelque chose.

Aujourd’hui que ce cours rapidement improvisé a paru sous une forme plus littéraire et qu’une excellente traduction l’a mis à la portée du public français, on comprend l’impression profonde qu’il a laissée au-delà de l’Atlantique. C’est vraiment là un enseignement sui generis, analytique et synthétique à la fois, admirable par sa netteté, par une transparence en quelque sorte infinie, qui donne la vision intuitive des faits, et plus encore de la raison des faits et du mécanisme des phénomènes. Ces qualités frappent particulièrement dans la troisième et la quatrième leçon, où M. Tyndall aborde l’une des parties les plus abstraites de la théorie de la lumière, le chapitre de la polarisation rectiligne, de la polarisation chromatique et des interférences.

Représentant autorisé des traditions scientifiques de l’ancien monde, M. Tyndall a profité de ces leçons, qui le mettaient face à face avec un auditoire yankee, pour exposer sans détour ses vues sur le rôle de l’homme pratique et celui du savant. Dans un langage pittoresque, il insiste sur la nécessité vitale qu’il y a pour un peuple de cultiver la science pour elle-même plutôt que pour les profits qu’elle peut rapporter. « Mettez à nu, dit-il, un bras vigoureux, et voyez se raidir ces muscles noueux quand la main est fermée et le bras recourbé. Cette manifestation de l’énergie est-elle le travail du muscle seul ? En aucune façon. Le muscle est le canal de l’influence sans laquelle il serait aussi impuissant qu’une masse de pâte molle. C’est le nerf si délié et invisible qui développe l’énergie du muscle, — et, sans les filamens du génie qui ont été lancés comme des nerfs à travers le corps de la société par les inventeurs originaux, l’Amérique et l’Angleterre industrielles seraient probablement dans la condition de la pâte molle. »

Le vrai savant ne se propose pas l’argent comme fin ni les applaudissemens comme but ; il poursuit sa route vers la vérité, sans se retourner, à travers l’abnégation et la souffrance. A ce propos, M. Tyndall va chercher ses exemples avec une certaine prédilection chez les savans français. Il cite les paroles que Fresnel écrivait un jour à Thomas Young. « Depuis longtemps cette sensibilité et cette vanité que le peuple appelle l’amour de la gloire sont émoussées en moi. Je travaille beaucoup moins pour conquérir les suffrages du public que pour obtenir cette approbation intérieure qui a toujours été la plus douce récompense de mes efforts… Tous les complimens que j’ai reçus d’Arago, de Laplace et de Biot ne m’ont jamais donné autant de plaisir que la