Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 13.djvu/957

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qui avait du d’abord se présenter contre lui, qui a été depuis élu sénateur à Lyon et qui n’a que peu de relations à Corbeil. De là cependant paraît être venu le mal. M. Buffet aurait jugé aussitôt que le préfet de police ne pouvait se dispenser de répudier hautement cette recommandation d’un républicain, et M. Léon Renault, n’ayant pu se mettre d’accord avec son ministre sur les termes d’une lettre, a préféré donner sa démission.

Assurément, lorsqu’on ne s’entend plus dans un service aussi délicat, rien n’est plus naturel que de se séparer. M. le ministre de l’intérieur en était sans doute convaincu quand il s’est hâté d’accepter la démission de M. Léon Renault. Convenez cependant que M. le vice-président du conseil a du malheur dans tout ce qui lui arrive. Il ne peut faire un pas sans se heurter contre quelque modeste constitutionnel et sans paraître complaire aux bonapartistes. Il y a un mois, il provoque une crise ministérielle à propos de la candidature sénatoriale de M. Léon Say, et son grief principal est que son collègue des finances coure la fortune électorale avec le républicain le plus modéré, M. Feray. M. le ministre de l’intérieur reçoit des offres de candidatures, et il se trouve que quelques-unes de ces offres viennent de bonapartistes peu déguisés. Aujourd’hui M. le préfet de police est obligé de donner sa démission, et, par accident sans doute, M. Léon Renault a eu la mauvaise fortune de se signaler il y a quelque temps par une enquête sévère sur les menées impérialistes. Qui a considéré cette démission forcée comme une satisfaction ? toujours les bonapartistes, et c’est ainsi que, par ses alliances comme par ses antipathies, M. le vice-président du conseil se trouve conduit à soutenir la lutte électorale hors du terrain où elle devrait être engagée. La constitution devient ce qu’elle peut entre bonapartistes et radicaux. Où est la solution ? C’est au pays maintenant de la trouver, de la faire prévaloir, et il le peut en choisissant des hommes modérés, libéraux, sincèrement constitutionnels, ralliés au programme exposé par M. Léon Renault, développé aussi l’autre jour par M. Henri Germain à Trévoux. Au bruit de ces conflits d’élections cependant voici un homme de l’ancienne politique parlementaire, un vieux collaborateur, M. de Carné, qui vient de disparaître. C’était un esprit fin, instruit, conciliant, qui a joué autrefois un rôle dans les chambres, et qui laisse de nombreux ouvrages d’un sentiment historique et politique élevé. De récens malheurs de famille avaient accablé la vieillesse de M. de Carné, et il n’a pu survivre longtemps à ces épreuves après une vie publique qui a eu son éclat.

Le parlement d’Angleterre vient de s’ouvrir. C’est la reine Victoria elle-même qui a ouvert cette fois la session, faisant violence à des habitudes de vie privée et de retraite qui l’ont éloignée depuis quelques années de ces solennités publiques, et qui ne laissent pas de donner de