Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 14.djvu/514

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arsenal important des armées rebelles et centre plus important encore d’un de ces réseaux de chemins de fer à l’aide desquels les confédérés font converger leurs moyens de résistance. Ils accumulent autour de cette place de grandes défenses et ils s’apprêtent à en disputer le chemin avec une armée de 60,000 hommes. Le plan de campagne est donc tout tracé ; il faut aller à Atalanta malgré tous les obstacles. Pour combattre et pour vaincre, Sherman dispose de 100,000 hommes avec 35,000 chevaux ou mulets et 250 pièces de canon. Cette armée est excellente. Officiers et soldats se connaissent tous, sont rompus à la discipline et aguerris par deux ans de campagne. De ce côté point de soucis ; mais comment les faire vivre dans un pays dont toutes les ressources sont à la disposition de l’adversaire, et où personne ne peut quitter les rangs sans être tué ou enlevé ? A cela, il n’y a qu’une réponse : il faut tout apporter avec soi. De Chattanooga à Atalanta, il existe des voies ferrées que l’ennemi détruira en se retirant ; il faudra les reconstruire rapidement et faire suivre à cette reconstruction les mouvemens de l’armée.

Le premier acte de Sherman est donc de décider la formation à Chattanooga d’un dépôt de vivres, de munitions, de matériaux de toute sorte, puis d’ordonner le rassemblement d’un grand nombre de wagons. Pour passer à l’exécution, il décrète que tout service de voyageurs et de marchandises sera suspendu sur tous les chemins de fer compris dans son commandement, tous les trains devant être réservés aux transports militaires. En même temps, comme il pressent que les compagnies chercheront à soustraire leur matériel à ce service forcé, il envoie des officiers établir sur certains points de vraies souricières, arrêtant et retenant tous les trains à l’arrivée, jusqu’à ce qu’il ait réuni une centaine de locomotives et un millier de wagons. Ces mesures soulèvent naturellement une vive clameur. On s’adresse au président Lincoln, qui intervient ; mais Sherman tient bon et répond « qu’une grande campagne commence, campagne décisive, que les chemins de fer ne peuvent suffire à la fois au peuple et à l’armée, qu’il faut choisir entre les deux. » M. Lincoln se tait, et Sherman continue ses préparatifs. Le service des chemins de fer efficacement établi, il s’occupe de rendre son armée aussi mobile que possible. Officiers et soldats durent porter sur eux cinq jours de vivres. Le grand quartier-général n’eut que six voitures. Le personnel en était d’ailleurs peu nombreux. « Un grand état-major, dit Sherman, signifie partage de responsabilité, lenteur d’action et indécision ; un état-major restreint, au contraire, veut dire activité et concentration vers le but. » Le matériel de bureau remplissait une boîte de la grandeur d’une « caisse à chandelles. » Point de paperasses ; les seuls états demandés et reçus