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le pasteur protestant et son maître d’école à côté d’un supérieur de franciscains.

L’assemblée, qui se tenait en plein air, moitié à l’ombre, moitié en plein soleil, ne comptait guère plus de 300 personnes. C’était là non-seulement l’élite des électeurs, mais une notable portion du corps électoral, dans un pays où les circonscriptions sont plus petites qu’en France, et où le suffrage universel n’existe pas. Pour avoir droit de suffrage, il faut, ou bien être noble (condition transitoire qui n’aura bientôt plus d’effet), ou bien payer un impôt de 26 francs, ou bien enfin posséder un titre intellectuel quelconque, fût-ce le simple titre de maître d’école, figurer en un mot dans ce que nous appelions la liste des capacités, étendue aussi largement que possible. Il n’y a donc que le quart des citoyens à peu près qui soient admis à voter, ce qui rend plus faciles les communications directes, si chères depuis bien des siècles au tempérament magyar. Le député, qui nous avait invité à visiter son château, comparut devant l’assemblée, monta sur une table et présenta tout un exposé de la politique qu’il s’engageait à soutenir, avec la justification détaillée de ses, votes importans de l’année précédente. Son discours, écouté avec le plus grand soin, obtint l’approbation générale ; quelques questions lui furent adressées, il y répondit heureusement, et sa candidature fut proclamée en vue des élections prochaines.

Un banquet réunit ensuite, dans une salle immense, le candidat et ses électeurs. Excepté quelques paysans fort occupés de leur verre et de leur assiette, la réunion faisait moins attention aux mets et aux vins, excellens d’ailleurs, qu’aux discours accompagnés de toasts qui avaient commencé et devaient finir avec le dîner. L’usage veut que ces discours, prononcés debout, s’adressent à l’une des personnes présentes, laquelle doit écouter également debout, l’interpellant et l’interpellé tenant leur verre à la main. L’orateur conclut toujours en portant une santé qui est accueillie par le cri de eljen, vivat. Un des assistans prit sept ou huit fois la parole ; d’autres une ou deux fois, la plupart se bornant à écouter et à applaudir. Étant nous-même l’objet d’un toast fort aimable pour nos concitoyens, nous avons risqué un discours en langue magyare, dans lequel était rappelée la vieille sympathie des Français et des Hongrois ; on nous acclama cordialement en nous pardonnant un solécisme. Cependant les heures passaient ; dans l’intervalle des allocutions, les Tsiganes de la petite ville jouaient avec leur verve ordinaire les airs nationaux. La musique étrangère était représentée par la Fille de madame Angot. Les principaux airs de cette opérette étaient interprétés par des musiciens fort habiles, mais qui n’avaient