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JULES MICHELET
SA VIE ET SES OEUVRES

Le bruit qui va peut-être se faire autour du tombeau de Michelet ne doit pas nous empêcher de parler aujourd’hui de lui avec impartialité. Avant l’oraison funèbre, la critique indépendante a le droit de faire entendre sa voix. Pour entreprendre cette étude, on n’a guère d’autres documens que ceux rassemblés par M. Gabriel Monod dans sa très intéressante notice et ceux jetés au hasard par Michelet lui-même dans son œuvre volumineuse ; mais ces documens suffisent pour porter un jugement équitable sur l’homme qui a été trop exalté par les uns, trop dénigré par les autres, et pour mettre en relief les mérites comme les défauts de l’écrivain. Quoi qu’on en puisse penser, il compta parmi les plus célèbres de ces brillans esprits dont nous avons vu s’éteindre la lumière et qui disparaissent sans être remplacés. Ils sont nombreux, ceux dont les noms nous ont été transmis par nos pères et dont nous n’avons connu que le déclin ; combien sont-ils, ceux dont les noms seront transmis par nous à nos enfans ? N’oublions pas toutefois qu’on trouve déjà trace dans notre histoire de ces périodes incertaines où la France a paru douter de sa propre vitalité. Il y a quelque douze cents ans, le chroniqueur Frédégaire, après avoir raconté les exploits de Clovis et de ses fils, ajoutait avec mélancolie : « Désormais le monde se fait vieux, et la pointe de la sagacité s’émousse en nous. Aucun homme de ce temps ne peut ressembler à ceux des âges précédens, aucun n’oserait y prétendre. » Puisqu’au jugement du continuateur de Grégoire de Tours notre décadence commence à Clovis, ne pouvons-nous pas espérer de la voir durer quelque temps encore ? S’il était vrai cependant que la France eût perdu sa jeunesse et que pour elle les temps se fissent vieux, quel