Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 15.djvu/335

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sorti de ses cachettes. Les fabriques ne travaillaient plus, et pour que le général Bonaparte pût remonter sa garde-robe, il fallut que la protection d’un valet de chambre lui fît obtenir d’une grande dame un coupon de drap. La réaction cependant ne se fit pas attendre ; le directoire fut comme une seconde régence à laquelle il ne manquait que les financiers et les abbés de salon, que Mercier appelait de petits houzards en rabat. Les muguets du XVIIe siècle ressuscitèrent dans les incroyables, qui reprirent aux modes du vieux temps leurs excentricités les plus ridicules, en les exagérant encore, aux précieux leur langage affadi ; ils supprimaient en parlant les r dans tous les mots, et juraient à chaque phrase leur paôle d’honneu pâfumée. Les merveilleuses leur faisaient pendant, mais dans un tout autre genre. Au lieu de se surcharger comme eux d’habits embarrassans, elles réduisaient leur toilette à sa plus simple expression. Lorsqu’elles allaient danser dans les bals à la sauvage, elles se montraient en maillot collant couleur de chair, recouvert d’une simple tunique de batiste très claire. En tenue de ville, cette tunique et la chemise formaient leur seul vêtement pendant l’été, et, comme Mme Tallien, elles exagéraient tellement la transparence que tunique et chemise avaient fini par n’être plus qu’une indiscrète superfluité.

Lorsqu’il arrive au XIXe siècle, M. Quicherat s’arrête, car l’histoire du costume est écrite par le burin dans tous les journaux de modes qui ont paru sans interruption depuis 1797. Nous regrettons qu’il n’ait point tracé dans un résumé général, avec la sûreté de coup d’œil qui le distingue, les grandes lignes du sujet, et montré dans une vue d’ensemble, comme il l’a fait si heureusement dans le détail, les relations intimes qui ont existé entre les modes et les évolutions sociales. Chaque changement dans l’architecture civile, l’ameublement et le costume, correspond à un changement dans les idées, les mœurs et les institutions. Le type gallo-romain atteste, en se perpétuant jusqu’à la chute de la dynastie carlovingienne, la persistance de la civilisation antique. Une ère nouvelle commence avec la féodalité et l’épanouissement du mysticisme ; la société civile s’inspire de la société ecclésiastique. Nobles et bourgeois sont vêtus à l’instar des moines. A dater de Charles VI, le type monacal fait place aux excentricités les plus désordonnées, aux hennins, aux robes à queue, aux braguettes, aux vêtemens mi-partie, on dirait que la folie du roi est contagieuse. La renaissance s’inspire de l’Italie des Médicis, de l’Espagne de Charles-Quint ; on sent que les peuples se sont rapprochés tout en se combattant, et que les lettres, les arts et l’industrie ont abaissé les barrières qui les enfermaient chacun dans leur isolement. Sous Richelieu et Louis XIV, le