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commencer les « travaux préparatoires » de la ligne d’Ekaterinbourg à Tachkend. Alors même que cette décision impliquerait un choix définitif, il est intéressant d’examiner avec M. Gotard les conditions économiques du tracé qui partirait d’Orenbourg, car la distance à Tachkend est à peu près la même, que le point de départ soit Orenbourg ou Ekaterinbourg, et d’ailleurs le projet français laissait le choix de la tête de ligne du Central-Asiatique facultatif.

De Tachkend, la ligne passe à Chodjend et arrive, par des défilés d’un passage facile, à Samarcande ; puis elle se rapproche légèrement de Bokhara et traverse l’Amou-Daria pour atteindre Balkh, « la plus ancienne ville du monde, » au pied de l’Hindou-Kouch. Là commencent les difficultés. Pourtant, d’après tous les renseignemens recueillis par M. Cotard, la traversée de cette chaîne est praticable pour un chemin de fer, et vraisemblablement elle ne sera pas plus difficile que celle des Alpes. Les montagnes de l’Asie centrale s’élèvent par gradins. A partir de Pechawer, la tête de ligne indienne du Central-Asiatique, il faudra monter d’environ 3,000 mètres pour atteindre l’un des cols de l’Hindou-Kouch, qui ont des altitudes de 3,300 à 3,500 mètres. La distance à parcourir sur les deux versans étant d’environ 400 mètres, la pente moyenne ne dépassera guère 10 millimètres par mètre. La hauteur absolue du passage n’a rien d’excessif, si l’on considère que la limite des neiges dans ces contrées est de 1,000 mètres plus élevée que dans les Alpes. La partie difficile du tracé ne consiste donc que dans les 800 kilomètres qui séparent Pechawer de Balkh, et cette section de la route traverse des pays fertiles et suffisamment peuplés. La section moyenne, de Balkh à Tachkend, aurait une longueur de 1,000 kilomètres et serait d’une exécution beaucoup plus facile ; de plus, elle desservirait des centres importans. De Tachkend à Orenbourg, on traverse sur 2,000 kilomètres un pays de steppes moins peuplé, mais nullement désert. Si l’on compare ces conditions avec celles que rencontrait le chemin de fer du Pacifique, on est obligé de convenir que cette ligne eût semblé a priori moins justifiée que celle de l’Asie centrale. Longue de 3,000 kilomètres, elle a eu à traverser un pays affreux, dénué de ressources, manquant d’eau et de bois, et dont l’altitude se maintient à une moyenne de près de 2,000 mètres sur plus de la moitié du parcours. Dans la Sierra-Nevada, on a des pentes de 25 millimètres par mètre. Les amoncellements de neige ont nécessité la construction de galeries de protection en charpente sur une longueur de plus de 100 kilomètres. Sur toute cette étendue, la population était nulle : on ne rencontra qu’une seule petite ville, Cheyenne, qui compte à peine 5,000 habitans. Il fallut, pour la construction de la ligne, tout apporter : matériaux, combustible, nourriture des ouvriers, et se défendre en même temps