Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 17.djvu/732

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réfléchir, après la fausse campagne qu’ils viennent de diriger contre l’élection de M. Dufaure, et surtout après la défection de certains de leurs alliés dans le vote sur la loi des maires.

En regardant à gauche, on voit une minorité qui balance la majorité actuelle, majorité certaine dans un avenir prochain par le résultat des élections individuelles ; majorité notable dans un avenir plus éloigné par le renouvellement partiel. Ce serait donc là, il semble, qu’un ministère républicain et constitutionnel devrait trouver sa majorité de gouvernement. Beaucoup de sages républicains l’espèrent et l’attendent patiemment ; mais d’abord il faut l’attendre, et cependant gouverner dans l’intervalle. Comment est-ce possible sans majorité ? Et le pays, qui veut être gouverné, et surtout se sentir gouverné, verra-t-il sans inquiétude et sans découragement une sorte d’interrègne plus ou moins prolongé ? D’ailleurs supposons le résultat obtenu, c’est-à-dire une majorité de gauche assez forte pour qu’il n’y ait plus à craindre de défection parlementaire, d’élection individuelle ou partielle qui la réduise à une minorité, tenons-nous réellement cette majorité de gouvernement que nous cherchons ? Il ne faut que parcourir la liste des sénateurs de la gauche pour en douter. Si l’on ne peut sans exagération affirmer que la gauche est aussi divisée que la droite, il n’en est pas moins vrai que, sous le drapeau de la république se réunissent des fractions entre lesquelles il existe de graves dissentimens, soit dans la façon de pratiquer les institutions républicaines, soit même dans la manière d’apprécier l’importance et le rôle de ces institutions. Nous convenons que le parti républicain est beaucoup plus uni au sénat qu’à la chambre des députés ; mais enfin on y compte une extrême gauche, avec une gauche et un centre gauche. Ces fractions s’y retrouvent sans doute avec un caractère de sagesse, de mesure, d’expérience qui manque encore à la chambre des députés ; il n’en est pas une qui n’ait appris à compter avec la réalité et ne comprenne les nécessités de gouvernement. Il n’en reste pas moins vrai que l’extrême gauche, même au sénat, a gardé ses principes, sinon ses passions, sur le gouvernement de la république et de la démocratie. Croit-on possible que MM. Victor Hugo, Peyrat, Laurent Pichat, Tolain, Schœlcher, Scheurer-Kestner, s’entendent avec M. Thiers ou M. Dufaure, ou même M. Jules Simon, sur la pratique des institutions républicaines, quant aux choses et aux personnes ? La fraction radicale du sénat, dira-t-on, est minime, douze ou quinze membres tout au plus ; cela suffit, en cas de dissidence, pour que le parti républicain perde la majorité. Il n’y a donc ni pour le présent, ni même pour l’avenir, une majorité durable de gouvernement à espérer, ni de la droite, ni de la gauche, réduites à leurs seules forces. Il faut que toutes les fractions vraiment et sincèrement