Page:Revue des Deux Mondes - 1876 - tome 18.djvu/526

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privilèges accordés à ces provinces doivent être sérieux, constituer de véritables droits, et, selon l’expression du chef du foreign-office, un véritable self-government local. L’affaire est certes complexe et délicate ; mais en quelque sens que l’on retourne le problème oriental, on aura toujours du mal à trouver une solution pratique et quelque peu acceptable aux deux parties. Il ne nous appartient pas d’indiquer jusqu’où doivent s’étendre les droits ou privilèges accordés aux provinces chrétiennes de la Porte. Là où elle a conclu avec ses sujets ou avec l’Europe des arrangemens locaux, au Liban, en Crète, à Samos, la Turquie l’a fait sur des bases fort différentes et inégalement avantageuses aux habitans. Il y a néanmoins là des précédens dont aucun sans doute n’offre un modèle digne d’être copié, mais qui réunis offrent d’utiles points de comparaison. La participation des chrétiens aux affaires locales en raison de leur nombre, la nomination de fonctionnaires et même de gouverneurs chrétiens, là où les chrétiens sont en majorité, la collection des taxes remise aux habitans, l’emploi de la langue locale dans l’administration et la justice, enfin l’admission des non-musulmans au service militaire ou l’égal désarmement de tous les habitans, tels semblent devoir être les points fondamentaux des nouvelles institutions. En dépit des difficultés de détail et des prétentions opposées de la Porte et de Pétersbourg, une entente sur de telles bases n’est pas absolument impossible. Il faut seulement que, sous la pression des autres puissances, la Russie renonce pour ses protégés à l’autonomie politique, et que la Turquie consente à une réelle autonomie administrative.


III

La première difficulté de tout arrangement est de fixer les limites des droits concédés aux chrétiens ; la seconde est de déterminer le nombre et les frontières des provinces admises au bénéfice des institutions nouvelles. Au début, on ne parlait que des deux provinces insurgées, dont l’une n’est. guère qu’une annexe de l’autre, de la Bosnie et de l’Herzégovine. Depuis, les méfaits systématiques des Circassiens et des bachi- bozouks ont élargi la question. Les incendies et les massacres dont ils ont été victimes ont amené la diplomatie à réclamer pour les Bulgares les mêmes avantages ou les mêmes garanties que pour les Bosniaques. Il semble difficile en effet que, dans les réformes demandées à la Turquie, l’Europe laisse de côté la contrée qui a le plus souffert, et qui, ayant le moins participé à l’insurrection, a le plus souffert par la faute de ses maîtres.