Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 19.djvu/685

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


après une journée de fête, dont on avait beaucoup espéré et qui s’est enfuie sans tenir ses promesses. — Assis au clair de lune, à sa fenêtre, il songe aux bruits de la fête, il aperçoit de loin la maison où la bien-aimée s’endort en se rappelant les adorateurs que cette journée a mis à ses pieds, sans se douter qu’au cœur de l’un d’eux sa beauté a fait une mortelle blessure :

Dolce e chiara é la notte e senza vento,
E quêta sovra i tetti e in mezzo agli orti
Posa la luna, e di lontan rivela
Serena ogni montagna. O donna mia,
Gia tace ogni sentiero, e pei balconi
Rara traluce la notturna lampa;
Tu dormi, etc.

Voici les premiers vers de la traduction de M. Amiel :

Sans brise, claire et tiède est la nuit. Sur la plaine,
Sur les toits, les jardins, les coteaux et les monts,
De l’azur blonde souveraine,
La lune épanche ses rayons.
Déjà tout sentier fait silence
Et la lampe nocturne aux fenêtres s’éteint.
Toi que j’aime, tu vas dormir jusqu’au matin...


Cette version suit pas à pas l’original, mais elle n’en donne ni le charme ni l’émotion. On y cherche en vain cet accent douloureux et familier, qui est si caractéristique dans le poème de Leopardi. On n’y retrouve plus l’impression de cette nuit silencieuse succédant aux bruits de la fête, ni la féerie de ce clair de lune caressant de sa lumière sereine les toits, les vergers et les montagnes dont il révèle les contours lointains. Et plus loin, lorsque la chanson solitaire d’un ouvrier attardé tourne la pensée du poète vers la fuite du temps, le néant du passé, le silence des peuples disparus, et lui rappelle les sensations des soirs de son enfance, quand mouraient dans la campagne les derniers chants de la fête, les vers du traducteur ne donnent qu’une idée bien indécise et bien affaiblie de ces quatre vers, où tout est en relief, où chaque mot fait image :

Ed alla tarda notte
Un canto che s’udia per li sentieri
Lontanando morire poco a poco,
Gia similmente mi stringeva il core <ref> M. Amiel les traduit ainsi :
<poem>Et déjà la simple chansonnette
Qui d’échos en échos se jouant semble fuir,
En jetant à mon lit sa note de fauvette.
Alors comme aujourd’hui m’attristait à mourir.

</ref>. </poem>

Voyons comment un écrivain qui était un fin connaisseur et un