Page:Revue des Deux Mondes - 1877 - tome 24.djvu/426

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pourront rien. En revanche, ils ont le droit de demander qu’on les mette enfin sur un pied d’égalité complète avec les marines des autres places, et qu’aucun des articles du code maritime français, aucun des règlemens de nos ports, ne leur soient contraires.

Puisque l’industrie des constructions navales en bois est sujette à une irrémédiable décroissance, il faut que la place de Nantes prenne exemple sur l’évolution hardie qu’ont exécutée les Américains et les Anglais en entreprenant la construction des grands navires enfer à vapeur. Le salut est là. Le port de Marseille l’a depuis longtemps lui-même compris, en transportant, pour ainsi dire, aux faubourgs de la Capelette et de Menpenti, dans les ateliers de La Giotat, dans ceux de la Seyne, près de Toulon, les antiques chantiers du Pharo. Et ce ne sont plus alors seulement des machines de marine que l’on construit, ce sont toutes sortes d’appareils, de générateurs à vapeur, de mécanismes de tout ordre. Il faut entrer résolument dans cette voie, et Nantes y semble préparée, car elle y a déjà fait un pas marquant, non-seulement en ce qui regarde les engins maritimes, mais encore les constructions mécaniques en général. Nantes est une des villes industrielles de France où se construisent le mieux les machines agricoles.

L’industrie du raffinage du sucre, celles de la fabrication des meubles, de la préparation des conserves alimentaires, surtout les deux dernières, sont en progrès à Nantes. On connaît la réputation que cette place s’est faite dans la confection des conserves de tout genre, bœuf, sardines, anchois, thon, légumes ; elle la maintiendra en apportant dans cette délicate manipulation la plus scrupuleuse loyauté. Tout cela assure à ses navires et à son commerce avec l’intérieur de la France un fret de sortie avantageux. En 1875, Nantes n’a pas produit moins de 1 million de kilogrammes en conserves de petits pois seulement. Nantes possède aussi des huileries de graines, des savonneries ; mais celles-ci travaillent encore presque uniquement en vue de la consommation indigène, et non point, comme celles de Marseille, pour subvenir aussi aux nombreuses demandes de l’étranger. On peut en dire autant de quelques filatures de laine, de coton, de chanvre, et de quelques fabriques de cordages, enfin de quelques minoteries, tanneries, corroieries. Ce sont là des industries à développer, surtout en vue de l’exportation des produits manufacturés. Si le fret manque à la sortie, et aucun port plus que Nantes ne souffre de ce manque de fret, il faut le trouver, le créer, et c’est par la production industrielle qu’on y arrive. Bien mieux, on augmente ainsi le fret d’arrivée par la matière brute qu’on reçoit dans les usines locales, et l’on assure en même temps le fret de sortie par la matière ouvrée qu’on expédie au dehors, à l’étranger. Tout cela met en œuvre des quantités de matières considérables,