Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/856

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successivement Elbeuf, Pont-de-l’Arche, les Andelys, Vernon, Mantes la Jolie, Meulan, Poissy, Conflans, Argenteuil, Saint-Denis, Asnières, Paris, sans parler de tous les autres ports intermédiaires, qui tous utilisent ces eaux pour la navigation. La Seine, avant d’entrer à Paris, ne fait pas moins de quatre replis sur elle-même, comme avant d’arriver à Rouen. Cette allure sinueuse, serpentine, est le caractère particulier de ce fleuve, qui tire de là, dit-on, le nom qu’il porte et que lui avaient donné les Gaulois.

Considérée au point de vue de la navigation, la Seine se divise en deux régions distinctes comme tous les fleuves navigables : la région fluviale proprement dite et la région maritime. La région fluviale n’est occupée que par la navigation intérieure, les péniches et les chalands, la région maritime par les navires qui tiennent la mer. Pour la Seine, la région maritime commence au Havre et finit à Rouen : Rouen est un port de mer au même titre que Bordeaux et Nantes. C’est à Rouen qu’est le premier pont jeté sur le fleuve en venant de la Manche ; c’est là que la marée finit de se faire sentir. Limitée à Rouen, la navigation du bassin de la Seine, en y comprenant toutes les rivières navigables qui s’y jettent : l’Eure, l’Oise, la Marne, l’Aube, l’Yonne, et les divers canaux qui y aboutissent, comprend une longueur totale de 2,550 kilomètres, ou deux fois et demie la distance du Havre à Marseille. Sur cette étendue, la Basse-Seine, du pont de pierre de Rouen au pont de la Tournelle (port de Bercy à Paris), mesure 241 kilomètres, et la Haute-Seine, du pont de la Tournelle à Marcilly, une longueur de 189 ; c’est en tout un parcours de 430 kilomètres, directement utilisés sur le fleuve par la navigation intérieure. N’oublions pas que sur ce parcours est Paris, la plus importante de nos places de commerce après Marseille et Le Havre, et en aval Rouen, qui est un de nos ports les plus fréquentés, et, comme Paris, un des centres manufacturiers les plus considérables de la France. Le mouvement général de la navigation à Paris a été de 2 millions 1/2 de tonnes en en 1876, et à Rouen de 750,000 tonnes.

Si la Seine maritime offre à son embouchure le phénomène d’une marée étale dont nous avons fait comprendre tous les avantages pour les navires qui fréquentent Le Havre, elle présente aussi un phénomène d’un autre ordre, et celui-ci est très gênant pour la navigation proprement dite du fleuve : c’est le mascaret. Le mascaret, qui n’est pas particulier à la Seine, mais se reproduit sur tous les fleuves dont les embouchures sont sujettes aux fluctuations de la marée, consiste dans la rencontre entre le flot de la mer qui s’avance et le courant du fleuve qui vient en sens inverse. Un choc, une sorte de duel a lieu entre les deux courans, et ce choc est très violent à certains momens de l’année, à l’époque de quelques