Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/44

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Les Espagnols admettent volontiers que le commandant d’un navire de leur nation visita le premier les rivages de la Nouvelle-Zélande ; comme on le verra par la suite, un fait semble justifier la prétention. — Des Français ont pensé que cette fortune advint à Paulmier de Gonneville. Aucun témoignage précis ne donne importance à ces vagues soupçons. Pour tous les géographes, la Nouvelle-Zélande a été découverte par le navigateur hollandais Abel-Janssen Tasman. Parti de Batavia le 14 août 1642 avec deux navires, Tasman, marin de la compagnie des Indes, courut d’abord à l’Ile de France. De là, marchant toujours vers le sud, il reconnut la terre qu’il appela Van-Diemen, du nom du général de la compagnie des Indes. De cette côte, son dessein était d’aller aux îles Salomon ; mais sa route était mal assurée. Le 13 décembre, Tasman aperçoit par le 42e degré de latitude une terre élevée, montagneuse. Gouvernant nord-nord-est, il longe la côte pendant cinq jours et vient, le 18, mouiller dans une baie située par 40° A9’ de latitude et 169° 41’ de longitude orientale. Des hommes se montraient sur le rivage et se faisaient remarquer par une forte corpulence, une couleur de la peau indécise entre le brun et le jaune, des cheveux noirs attachés au sommet de la tête et surmontés d’une longue plume. Ces sauvages presque nus avaient le milieu du corps couvert d’une natte. Plusieurs d’entre eux, montés sur des pirogues, jouaient d’une sorte de trompette ; les matelots hollandais s’amusèrent à répondre de leurs instrumens. Ils multipliaient les signaux d’appel ; les naturels semblaient n’y porter aucune attention ; à la fin ils se retirèrent ; Tasman prend la Résolution de se rapprocher du rivage dans l’espoir de nouer des relations avec les indigènes, mais à peine les vaisseaux se mettent-ils en mouvement qu’on voit arriver sept pirogues. La plus grande, montée par 70 hommes, se dirige vers le plus petit navire ; une autre portant 13 hommes approche du vaisseau de Tasman et s’arrête à la distance d’un jet de pierre. Tout ce monde s’appelle et parle avec animation dans un langage inintelligible pour les Hollandais. Ceux-ci agitent des. linges blancs comme invitation à venir à bord ; sans répondre, les naturels continuent à jouer des pagaies. Un maître d’équipage et six matelots dans une yole allant d’un vaisseau à l’autre, rencontrent les pirogues ; aussitôt assaillis, à coups de piques et de massues, trois hommes sont tués, un quatrième est mortellement blessé. Du pont des navires on tira des coups de feu, les sauvages prirent la fuite. Tasman appela baie des Meurtriers cette baie où il avait jeté l’ancre ; découragé, il s’éloigna de la contrée inhospitalière qu’il a nommée Terre des États [1]. Se dirigeant

  1. Staaten-Land.