Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/77

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Thomas Forster, furent attachés à l’expédition, ainsi que deux astronomes et un peintre. Le capitaine Cook a tracé de sa main le récit du second voyage autour du monde ; de son côté, Thomas Forster en a fait une narration. La comparaison des deux ouvrages est à la fois curieuse et instructive. Le marin ne distingue nettement qu’entre la mer et la terre ; il note froidement la position des îles, la configuration des rivages, l’état de la mer ; avec une complaisance fort légitime, il énumère en détail les soins qu’il a pris pour tenir ses équipages en parfaite santé durant une longue et périlleuse navigation ; il est au bonheur d’avoir ramené tout son monde au port. Les magnificences, les étrangetés de la nature ont passé devant ses yeux sans guère toucher son esprit. Cook est l’habile marin, le commandant plein de scrupules, de sagesse et de fermeté ; Forster raconte les phénomènes physiques dont il a été témoin et s’efforce de les expliquer. Il admire la beauté de la forêt, la singularité de la végétation, le plumage de l’oiseau inconnu. C’est le naturaliste qui a des enthousiasmes et mieux encore le sentiment poétique.

Le 13 juillet 1772, les deux vaisseaux étaient sortis du canal de Plymouth ; le 26 mars de l’année suivante, la Résolution, que la brume a séparé de l’Aventure, jetait l’ancre dans la baie Dusky, à peine entrevue au cours du premier voyage. On avait été péniblement impressionné par une longue navigation au milieu des glaces ; les rivages de la Nouvelle-Zélande paraissent enchanteurs à l’état-major et à l’équipage, qui n’ont pas vu la terre depuis plusieurs mois. « Le temps était délicieux et l’air doux, rapporte Thomas Forster ; des troupes d’oiseaux de mer animaient les côtes et tout le pays retentissait de la musique des oiseaux des forêts. De superbes points de vue dans le style de Salvator Rosa, des forêts antédiluviennes, de nombreuses cascades qui se précipitent de toutes parts avec un bruit retentissant, contribuaient d’ailleurs à notre félicité ; à la suite d’une longue campagne, les navigateurs sont si prévenus en faveur du pays le plus sauvage que ce canton de la Nouvelle-Zélande nous semblait le plus beau qu’ait produit la nature. » Le capitaine Cook, accompagné des naturalistes, de l’astronome et du peintre, entreprend la reconnaissance de la baie, et plus d’une fois on s’émerveille devant les beautés du paysage. Au fond d’une crique, c’est une rivière d’un effet charmant ; ce sont des cascades tombant sur une côte si escarpée que sur le vaisseau amarré au voisinage les futailles peuvent être remplies à l’aide d’un simple tuyau. Dans la contrée, les montagnes toujours chargées de vapeurs qui procurent une fâcheuse humidité ont un caractère triste et imposant. Une chute d’eau qui jaillit d’une hauteur